Soumission

Soumission

Partons pour une balade sur les traces de François, universitaire professeur de littérature à la Sorbonne Nouvelle, à travers lequel le lecteur va vivre des élections présidentielles sonnant le glas d’une nouvelle ère politique. 

Ce roman d’anticipation m’a semblé tout indiqué pour l’exercice de la balade littéraire parce que l’écriture joue des effets de réel favorisés par un ancrage géographique précis dans le Paris contemporain.

J’espère que ces quelques extraits vous donneront envie de lire ce livre si ce n’est pas déjà fait !

Bonne balade !

Édition utilisée

Pour cette balade, j’ai utilisé l’édition J’ai lu.

Cartographie des lieux

1. Houellebecq

1. Eglise Saint-Sulpice

Un brouhaha le ramena à Saint-Sulpice ; la maîtrise partait ; l’église allait se clore. J’aurais bien dû tâcher de prier, se dit-il ; cela eût mieux valu que de rêvasser dans le vide ainsi sur une chaise ; mais prier ? Je n’en ai pas le désir ; je suis hanté par le Catholicisme, grisé par son atmosphère d’encens et de cire, je rôde autour de lui, touché jusqu’aux larmes par ses prières, pressuré jusqu’aux moelles par ses psalmodies et par ses chants. Je suis bien dégoûté de ma vie, bien las de moi, mais de là à mener une autre existence il y a loin ! Et puis… et puis… si je suis perturbé dans les chapelles, je redeviens inému et sec, dès que j’en sors. Au fond, se dit-il, en se levant et en suivant les quelques personnes qui se dirigeaient, rabattues par le suisse vers une porte, au fond, j’ai le cœur racorni et fumé par les noces, je ne suis bon à rien.
(J.K. Huysmans, En route)

Pendant toutes les années de ma triste jeunesse, Huysmans demeura pour moi un compagnon, un ami fidèle ; jamais je n’éprouvai de doute, jamais je ne fus tenté d’abandonner, ni de m’orienter vers un autre sujet ; puis, une après-midi de juin 2007, après avoir longtemps attendu, après avoir tergiversé autant et même un peu plus qu’il n’était admissible, je soutins devant le jury de l’université Paris IV – Sorbonne ma thèse de doctorat : Joris-Karl Huysmans, ou la sortie du tunnel. Dès le lendemain matin (ou peut-être dès le soir même, je ne peux pas l’assurer, le soir de ma soutenance fut solitaire, et très alcoolisé), je compris qu’une partie de ma vie venait de s’achever, et que c’était probablement la meilleure.

p. 9-11

2. Houellebecq

2. Restaurant universitaire Bullier

Comme le note avec justesse André Breton, l’humour de Huysmans présente le cas unique d’un amour généreux, qui donne au lecteur un coup d’avance, qui invite le lecteur à se moquer par avance de l’auteur, de l’excès de ses descriptions plaintives, atroces ou risibles. Et cette générosité j’en avais profité mieux que personne, recevant mes rations de céleri rémoulade ou de purée cabillaud, dans les casiers de ce plateau métallique d’hôpital que le restaurant universitaire Bullier délivrait à ses infortunés usagers (ceux qui n’avaient manifestement nulle part où aller, qui avaient sans doute été refoulés de tous les restaurants universitaires acceptables, mais qui cependant avaient leur carte d’étudiant, on ne pouvait pas leur enlever ça), lorsque je songeais aux épithètes de Huysmans, le désolant fromage, la redoutable sole, et que je m’imaginais le parti que Huysmans, qui ne les avait pas connus, aurait pu tirer de ces carcéraux casiers métalliques, et je me sentais un peu moins malheureux, un peu moins seul, au restaurant universitaire Bullier. Mais tout cela était fini ; ma jeunesse, plus généralement, était finie. Bientôt maintenant (et sans doute assez vite), j’allais devoir m’engager dans un processus d’insertion professionnelle. Ce qui ne me réjouissait nullement.

p. 15-16

3. Houellebecq

3. Grande Mosquée

François rencontre l’un de ses collègues, Steve, en sortant de cours. Ce dernier lui propose d’aller boire un verre à la grande mosquée. 

Sa conversation portait, comme de coutume, sur les nominations et les évolutions de carrière au sein de la hiérarchie universitaire, je ne crois pas qu’il ait jamais abordé de lui-même un autre sujet. Son sujet de préoccupation ce matin-là était la nomination au poste de maître de conférences d’un type de vingt-cinq ans, auteur d’une thèse sur Léon Bloy, qui avait selon lui des « relations avec la mouvance identitaire ». J’allumai une cigarette pour gagner du temps, tout en me demandant ce que ça pouvait bien lui foutre. L’idée me traversa même un instant l’esprit que l’homme de gauche se réveillait en lui, puis je me raisonnai : l’homme de gauche était profondément endormi en Steve, et aucun événement de moindre importance qu’un glissement politique des instances dirigeantes de l’Université française n’aurait été en mesure de le sortir de son sommeil.

p. 30-31

4. Houellebecq

4. Founti Agadir

François croise une autre de ses collègues, Marie-Françoise, qui lui propose de déjeuner dans un restaurant marocain rue Monge.

La mère Delouze, attaqua-t-elle au moment où le serveur apportait nos plats, était sur un siège éjectable. Le Conseil national des universités, qui se réunissait début juin, allait très probablement nommer Robert Rediger en remplacement. 
Je jetai un bref regard à mon tagine agneau – artichauts avant de tenter, à tout hasard, un haussement de sourcils surpris. « Oui, je sais » dit-elle, « ça peut paraître énorme, mais ce sont plus que des bruits, j’ai eu des échos extrêmement précis. »
Je m’excusai pour aller aux toilettes afin de consulter discrètement mon smartphone, on trouve vraiment n’importe quoi maintenant sur Internet, une recherche de deux minutes à peine m’apprit que Robert Rediger était célèbre pour ses positions pro-palestiniennes, et qu’il avait été l’un des principaux artisans du boycott des universitaires israéliens ; je me lavai soigneusement les mains avant de rejoindre ma collègue.

p. 36

5. Houellebecq

5. Musée de la Vie romantique

François se rend au cocktail trimestriel du Journal des dix-neuviémistes au Musée de la vie romantique. Le premier tour des élections approche et les résultats sont plus qu’incertains. Le Front national se dessine comme l’un des candidats du second tour et la Fraternité musulmane prend une place de plus en plus importante.

Dans le lointain, on entendit soudain une sorte de pétarade prolongée. « Qu’est-ce que c’est, vous croyez ? » demanda Alice. « On dirait des coups de feu… » ajouta-t-elle d’un ton hésitant. Nous nous tûmes aussitôt, et je pris conscience que toutes les conversations s’étaient tues dans le jardin, on percevait à nouveau le bruissement du vent dans les feuilles, et des pas discrets sur le gravier, plusieurs des convives quittaient la salle où avait lieu le cocktail et avançaient doucement entre les arbres, dans l’attente. Deux enseignants de l’université de Montpellier passèrent près de moi, ils avaient allumé leurs smartphones et les tenaient bizarrement, l’écran orienté à l’horizontale, comme une baguette de sourcier. « Il n’y a rien… » souffla l’un des deux avec angoisse, « ils sont toujours sur le G20 ». S’ils imaginaient que les chaînes info allaient couvrir l’événement ils se faisaient des illusions, me dis-je, pas plus aujourd’hui qu’hier à Montfermeil, le black-out était total.

p. 65

6. Houellebecq

6. Rue du Cardinal-Mercier

Au cocktail, François a sympathisé avec Lempereur. Ils poursuivent la soirée chez lui, rue du Cardinal Mercier.

« On peut essayer de savoir ce qui se passe, si vous voulez… » me proposa-t-il en me servant.
– Non, je sais bien qu’il n’y aura rien sur les chaînes info. Sur CNN peut-être, si vous avez une parabole.
– J’ai essayé ces derniers jours ; rien sur CNN, rien sur Youtube non plus, mais ça je m’y attendais. Sur Rutube des fois ils passent quelques images, des gens qui filment avec leur portable ; mais c’est très aléatoire, et là je n’ai rien trouvé.
– Je ne comprends pas pourquoi ils ont décidé le black-out total ; je ne comprends pas ce que recherche le gouvernement.
– Là, à mon avis, c’est clair : ils ont vraiment peur que le Front national ne gagne les élections. Et toute image de violences urbaines, c’est des voix en plus pour le Front national.

p. 71

7. Houellebecq

7. Université Sorbonne Nouvelle

Le premier tour des élections s’est déroulé la veille. Le second tour opposera le Front national à la Fraternité musulmane. 

Mercredi 18 mai.
Lorsque je retournai à la fac pour assurer mes cours, j’eus, pour la première fois, la sensation qu’il pouvait se passer quelque chose ; que le système politique dans lequel je m’étais, depuis mon enfance, habitué à vivre, et qui depuis pas mal de temps se fissurait visiblement, pouvait éclater d’un seul coup. Je ne sais pas exactement ce qui me donna cette impression ? Peut-être l’attitude de mes étudiants de mastère : aussi amorphes et dépolitisés soient-ils, ils semblaient ce jour-là tendus, anxieux, tentaient visiblement de capter des bribes d’informations sur leurs smartphones et leurs tablettes tactiles ; ils étaient en tout cas plus que jamais inattentifs à mon cours.

p. 84

8. Houellebecq

8. Square Vermenouze

François discute avec sa collègue Marie-Françoise. Elle lui propose de venir chez elle, square Vermenouze, s’entretenir avec son mari qui travaille pour la DGSI. 

– Et Rediger sera nommé président ? » demandai-je, me souvenant de notre précédente conversation.
– Oui, bien sûr, il est plus que jamais indiscutable ; ses positions pro-musulmanes sont constantes, depuis au moins vingt ans.
– Il s’est même converti, si ma mémoire est bonne… » intervint son mari.
– Je vidai mon verre d’un trait, il me resservit ; en effet, il allait y avoir du nouveau.
« Je suppose que c’est terriblement secret… » repris-je après un temps de réflexion. « Je ne comprends pas ce qui vous pousse à m’en parler.
– En temps ordinaire, je garderais évidemment le silence. Sauf que, là, tout a déjà complètement fuité – et c’est bien ce qui nous inquiète en ce moment. Tout ce que je viens de vous dire, et même davantage, j’ai pu le lire, tel quel, sur les blogs de certains militants identitaires – ceux que nous avons réussi à infiltrer.

p. 90

9. Houellebecq

9. Café Delmas

Le lendemain, François part retrouver Lempereur chez Delmas, place de la Contrescarpe.

Avec ses fauteuils club en cuir, son parquet sombre et ses rideaux rouges, le Delmas était tout à fait son genre. Il ne serait jamais allé dans le café d’en face, le Contrescarpe, avec ses exaspérantes bibliothèques factices ; c’était un homme de goût. Il commanda une coupe de champagne, je me contentai d’une Leffe pression et quelque chose craqua en moi, je me sentis soudain très las de ma subtilité et de ma modération, et j’attaquai directement, avant même le retour du serveur : « La situation politique paraît très instable… Franchement, qu’est-ce que vous feriez à ma place ?

p. 94

10. Houellebecq

10. Place d’Italie

En débouchant place d’Italie, je fus soudain envahi par la sensation que tout pouvait disparaître. Cette petite Noire aux cheveux bouclés, au cul moulé dans un jean, qui attendait le bus 21, pouvait disparaître ; elle allait certainement disparaître, ou du mois être sérieusement rééduquée. Sur le parvis devant le centre Italie 2 il y avait comme d’habitude des quêteurs, aujourd’hui c’était pour Greenpeace, eux aussi allaient disparaître, je clignai des yeux au moment où un jeune barbu châtain, aux cheveux mi-longs, s’approchait de moi avec son paquet de prospectus, et ce fut comme s’il avait disparu par anticipation, je passai devant lui sans le voir et m’engageai dans les portes vitrées qui conduisaient au niveau zéro de la galerie commerciale.

p. 97

11. Houellebecq

11. Porte d’Italie

François part dans le village de Martel, le jour du deuxième tour, où il va rester plus d’un mois. 

À cinq heures et demie, j’étais prêt à partir. Ma voiture démarra sans difficulté, les portes de Paris étaient vides ; à six heures, j’approchais déjà de Rambouillet. Je n’avais aucun projet, aucune destination précise, juste la sensation, très vague, que j’avais intérêt à me diriger vers le Sud-Ouest ; que, si une guerre civile devait éclater en France, elle mettrait davantage de temps à atteindre le Sud-Ouest. Je ne connaissais à vrai dire à peu près rien du Sud-Ouest, sinon que c’est une région où l’on mange du confit de canard ; et le confit de canard me paraissait peu compatible avec la guerre civile. Enfin, je pouvais me tromper.

p. 132

12. Houellebecq

12. Paroisse Saint-Hippolyte

François vient de rentrer à Paris. Cela fait désormais plus d’un mois que le candidat de la Faternité musulmane a été élu.

Je sillonnai le Chinatown pendant un peu plus d’une heure. La paroisse Saint-Hippolyte proposait toujours ses cours d’initiation au mandarin et à la cuisine chinoise ; les flyers pour les soirées Asia Fever de Maisons-Alfort n’avaient pas disparu. Je ne découvris en réalité d’autre signe de transformation visible que la disparition du rayon casher du Géant Casino ; mais la grande distribution s’était toujours signalée par son opportunisme. 
Il en allait un peu différemment au centre Italie 2. Comme je le pressentais, le magasin Jennyfer avait disparu, remplacé par une sorte de boutique bio provençale proposant des huiles essentielles, du shampoing à l’huile d’olive et du miel aux saveurs de la garrigue.

p. 184

13. Houellebecq

13. Aux saveurs d’Auvergne

François a été à l’université pour signer son formulaire de demande de pension de retraite, suite à une lettre envoyée par le nouveau président de l’université, Redinger, qui lui explique que les nouveaux statuts de l’université islamique Paris-Sorbonne lui interdisent de conserver son poste. 

J’errais aux abords de la charcuterie auvergnate, contemplant sans vraiment les voir les saucissons aromatisés (au bleu, aux pistaches, aux noix) lorsque j’aperçus Steve qui remontait la rue. Il me vit lui aussi, et j’eus l’impression qu’il essayait de rebrousser chemin pour m’éviter, mais il était trop tard, je marchai à sa rencontre.
Comme je m’y attendais, il avait accepté un poste d’enseignant dans la nouvelle université ; il était chargé d’un cours sur Rimbaud. Il était manifestement gêné de m’en parler, et ajouta sans que je lui aie demandé que les nouvelles autorités n’intervenaient en rien dans le contenu de l’enseignement. Enfin bien sûr la conversion finale de Rimbaud à l’islam était présentée comme une certitude, alors qu’elle était au minimum controversée ; mais sur l’essentiel, sur l’analyse des poèmes, aucune intervention, vraiment.

p. 189

14. Houellebecq

14. Gare Montparnasse

En janvier, François décide de retourner à l’abbaye de Ligugé, où Huysmans a reçu l’oblature.

Le TGV pour Poitiers était annoncé avec un retard indeterminé, et des agents de sécurité de la SNCF patrouillaient le long des quais pour éviter qu’un usager ne soit tenté d’allumer une cigarette; en somme mon voyage commençait plutôt mal, et d’autres déconvenues m’attendaient à l’intérieur de la rame. L’espace réservé aux bagages s’était encore réduit depuis mon dernier déplacement, il était devenu presque inexistant, valises et sacs de voyage s’entassaient dans les couloirs, rendant conflictuelle et rapidement impossible cette déambulation entre les wagons qui constituait naguère le principal agrément d’un voyage ferroviaire.

p. 219

15. Houellebecq

15. Éditions Gallimard

À son retour de l’abbaye, François reçoit une lettre de Bastien Lacoue, directeur des éditions de la Pléiade qui le sollicite pour faire entrer Huysmans dans cette collection. Il le rencontre deux jours plus tard.

Sans doute afin de donner au pacte que nous venions de sceller davantage de lustres, Lacoue me raccompagna non seulement jusqu’à sa porte, mais descendit avec moi ses trois étages (« Attention, les marches sont plutôt rudes ! »), puis, à travers les couloirs (« C’est un dédale ! » lança-t-il avec humour ; pas tellement en fait, il y avait deux couloirs qui se croisaient à angle droit, et on arrivait directement au hall d’accueil), jusqu’à la sortie des éditions Gallimard, rue Gaston Gallimard. L’air était redevenu plus froid et plus sec, et je me rendis compte alors que nous n’avions à aucun moment abordé la question de la rémunération. Comme s’il venait de lire dans mes pensées, il approcha alors une main de mon épaule – sans toutefois la toucher – en glissant : « Je vous ferai passer une proposition de contrat dans les prochains jours. »

p. 245

16. Houellebecq

16. Institut du monde arabe

François se rend à la réception donnée en l’honneur de la réouverture de la Sorbonne à l’IMA.

Je n’avais pourtant pas le sentiment que la réception était un franc succès. Des petits groupes de trois à six personnes – Arabes et Français mélangés – circulaient dans la salle magnifiquement décorée en échangeant de rares paroles. La musique arabo-andalouse, lancinante et sinistre, diffusée par les haut-parleurs, ne contribuait pas à améliorer l’ambiance, mais le problème n’était pas là, et je compris subitement, après trois quarts d’heure de déambulation au milieu de l’assistance, après une dizaine de mezzes et quatre verres de vin rouge, ce qui n’allait pas : il n’y avait que des hommes. Aucune femme n’avait été conviée, et le maintien d’une vie sociale acceptable en l’absence de femmes – et sans le support du foot, qui aurait été inapproprié dans ce contexte malgré tout universitaire – était une gageure bien difficile à tenir.

p. 248

17. Houellebecq

17. Rue des Arènes

Durant la soirée à l’IMA, Robert Rediger, le nouveau président de l’université, a invité François à lui rendre visite à son domicile.

Je m’en rendis compte en arrivant au 5, rue des Arènes, Rediger n’habitait pas seulement dans une rue charmante du cinquième arrondissement, il habitait une maison particulière dans une rue charmante du cinquième arrondissement, et mieux encore il habitait une maison particulière historique. Le numéro 5 n’était autre que cette invraisemblable construction néo-gothique, flanquée d’une tourelle carrée voulant évoquer un donjon d’angle, où Jean Paulhan avait vécu de 1940 à sa mort en 1968.

p. 255

18. Houellebcq

18. Rue de Quatrefages

Rediger a proposé à François de se convertir à l’islam pour reprendre ses fonctions d’enseignant à la Sorbonne. 

Redescendant la rue de Quatrefages, je me retrouvai sans l’avoir cherché devant la grande mosquée de Paris. Mes pensées ne se tournèrent pas vers l’éventuel Créateur de l’Univers, mais, assez bassement, vers Steve : il était quand même net, me dis-je, que le niveau de l’enseignement avait baissé. Je n’avais pas tout à fait la notoriété d’un Gignac ; mais, quand même, si je me décidais à revenir, je pouvais être assuré que l’on me ferait bon accueil.

p. 280

19. Houellebecq

19. Rue Monge

François vient d’achever la préface pour l’édition en Pléiade de Huysmans. Il sort acheter des cigarettes.

Après l’avenue de Choisy je continuai avenue des Gobelins, puis rue Monge. Dans un café proche de l’Institut du monde arabe, je relus ma quarantaine de feuillets. Il y avait des détails de ponctuation à revoir, quelques références à préciser, mais, quand même, il n’y avait aucun doute : c’était ce que j’avais fait de mieux ; et c’était, aussi, le meilleur texte jamais écrit sur Huysmans.
Je rentrai doucement à pied, comme un petit vieux, prenant progressivement conscience que, cette fois, c’était vraiment la fin de ma vie intellectuelle ; et que c’était aussi la fin de ma longue, très longue relation avec Joris-Karl Huysmans.

p. 298



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.