Bel-Ami

Bel-Ami

Énorme révélation à la lecture de ce roman de Maupassant ! J’ai adoré ce livre et ce n’est pas étranger au fait que Bel-Ami nous embarque dans le Paris du XIXe siècle. La tentation de partir en balade sur ses traces était trop forte ! 

J’espère que la promenade vous plaira et vous donnera envie de plonger dans cette lecture !

Édition utilisée

J’ai préparé cette balade en lisant une édition qui regroupe plusieurs romans de Guy de Maupassant. De ce fait, pour la pagination de la balade, j’ai ensuite opté pour l’édition Folio Classique.

Cartographie des lieux

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1. Rue Notre-Dame-de-Lorette

Lorsqu’il fut sur le trottoir, il demeura un instant immobile, se demandant ce qu’il allait faire. On était au 28 juin, il lui restait juste en poche trois francs quarante pour finir le mois. Cela représentait deux dîners sans déjeuners, ou deux déjeuners sans dîners, au choix. Il réfléchit que les repas du matin étant de vingt-deux sous, au lieu de trente que coûtaient ceux du soir, il lui resterait, en se contentant des déjeuners, un franc vingt centimes de boni, ce qui représentait encore deux collations au pain et au saucisson, plus deux bocks sur le boulevard. C’était là sa grande dépense et son grand plaisir des nuits ; et il se mit à descendre la rue Notre-Dame-de-Lorette.

p. 29-30

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2. La Madeleine

Duroy croise Forestier, un ancien compagnon d’arme, dans la rue. Forestier, qui travaille pour La Vie française, lui donne des conseils pour améliorer sa situation et lui propose de parler au directeur du journal pour le faire embaucher. Il l’invite à un dîner qui aura lieu chez lui le lendemain, où le directeur sera présent. Après avoir bu un verre, ils flânent dans les rues de Paris.

 Et ils se remirent en marche vers la Madeleine.

– Qu’est-ce que nous ferions bien ? demanda Forestier. On prétend qu’à Paris un flâneur peut toujours s’occuper ; ça n’est pas vrai. Moi quand je veux flâner, le soir, je ne sais jamais où aller. Un tour au Bois n’est amusant qu’avec une femme, et on n’en a pas toujours une sous la main ; les cafés-concerts peuvent distraire mon pharmacien et son épouse, mais pas moi. Alors, quoi faire ? Rien. Il devrait y avoir ici un jardin d’été, comme le parc Monceau, ouvert la nuit, où on entendrait de la très bonne musique en buvant des choses fraîches sous les arbres. Ce ne serait pas un lieu de plaisir, mais un lieu de flâne ; et on payerait cher pour entrer, afin d’attirer les jolies dames. On pourrait marcher dans des allées bien sablées, éclairées à la lumière électrique, et s’asseoir quand on voudrait pour écouter la musique de près ou de loin. Nous avons eu à peu près ça autrefois chez Musard, mais avec un goût de bastringue et trop d’airs de danse, pas assez d’étendue, pas assez d’ombre, pas assez de sombre. Il faudrait un très beau jardin, très vaste. Ce serait charmant.

p. 40

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3. Rue Pierre Fontaine

Duroy se rend chez Forestier, 17 rue Fontaine, pour le dîner auquel il a été convié la veille.

 – Qui dois-je annoncer ?

Et il jeta le nom derrière une portière soulevée, dans un salon où il fallait entrer.

Mais Duroy, tout à coup, perdant son aplomb, se sentit perclus de crainte, haletant. Il allait faire son premier pas dans l’existence attendue, rêvée. Il s’avança, pourtant. Une jeune femme, blonde, était debout qui l’attendait, toute seule, dans une grande pièce bien éclairée et pleines d’arbustes, comme une serre.

Il s’arrêta net, tout à fait déconcerté. Quelle était cette dame qui souriait ? Puis il se souvient que Forestier était marié ; et la pensée que cette jolie blonde élégante devait être la femme de son ami acheva de l’effarer.

Il balbutia :

– Madame, je suis…

Elle lui tendit la main :

– Je le sais, monsieur, Charles m’a raconté votre rencontre d’hier soir, et je suis très heureuse qu’il ait eu la bonne inspiration de vous prier de dîner avec nous aujourd’hui.

Il rougit jusqu’aux oreilles, ne sachant plus que dire, et il se sentait examiné, inspecté des pieds à la tête, pesé, jugé.

Il avait envie de s’excuser, d’inventer une raison pour expliquer les négligences de sa toilette ; mais il ne trouva rien, et n’osa pas toucher à ce sujet difficile.

p. 49-50

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4. Rue Boursault

Au cours de la soirée, Walter, le patron du journal, a proposé à Duroy d’écrire une série sur l’Algérie. Il lui a donné rendez-vous le lendemain aux bureaux pour qu’il lui apporte le premier article. 

Quand Georges Duroy se retrouva dans la rue, il hésita sur ce qu’il ferait. Il avait envie de courir, de rêver, d’aller devant lui en songeant à l’avenir et en respirant l’air doux de la nuit ; mais la pensée de la série d’articles demandés par le père Walter le poursuivait, et il se décida à rentrer tout de suite pour se mettre au travail.

Il revient à grands pas, gagna le boulevard extérieur, et le suivit jusqu’à la rue Boursault qu’il habitait.

p. 63

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5. Rue de Rome

Il se réveilla de bonne heure, comme on s’éveille aux jours d’espérance vive ou de souci, et, sautant du lit, il alla ouvrir sa fenêtre pour avaler une bonne tasse d’air frais, comme il disait.Les maisons de la rue de Rome, en face, de l’autre côté du large fossé du chemin de fer, éclatantes dans la lumière du soleil levant, semblaient peintes avec de la clarté blanche. Sur la droite, au loin, on apercevait les coteaux d’Argenteuil, les hauteurs de Sannois et les moulins d’Orgemont dans une brume bleuâtre et légère, semblable à un petit voile flottant et transparent qui aurait été jeté sur l’horizon.Duroy demeura quelques minutes à regarder la campagne lointaine, et il murmura : «Il ferait bougrement bon, là-bas, un jour comme ça.» Puis il songea qu’il lui fallait travailler, et tout de suite, et aussi renvoyer, moyennant dix sous, le fils de sa concierge dire à son bureau qu’il était malade.Il s’assit devant sa table, trempa sa plume dans l’encrier, prit son front dans sa main et chercha des idées. Ce fut en vain. Rien ne venait.

p. 68-69

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6. Gare Saint-Lazare

Duroy a réussi à écrire son article en se faisant aider par l’épouse de Forestier.

 Georges Duroy dormit très mal, tant l’excitait le désir de voir imprimé son article. Dès que le jour parut, il fut debout, et il rôdait dans la rue bien avant l’heure où les porteurs de journaux vont, en courant, de kiosque en kiosque.Alors il gagna la gare Saint-Lazare, sachant bien que La vie française y arriverait avant de parvenir dans son quartier. Comme il était encore trop tôt, il erra sur le trottoir.Il vit arriver la marchande, qui ouvrit sa boutique de verre, puis il aperçut un homme portant sur sa tête un tas de grands papiers pliés. Il se précipita : c’étaient Le Figaro, Le Gil-Blas, Le Gaulois, L’Evénement, et deux ou trois autres feuilles du matin ; mais La Vie française n’y était pas.Une peur le saisit : « Si on avait remis au lendemain les Souvenirs d’un chasseur d’Afrique, ou si, par hasard, la chose n’avait pas plu, au dernier moment, au père Walter ? » En redescendant vers le kiosque, il s’aperçut qu’on vendait le journal, sans qu’il l’eût vu apporter. Il se précipita, le déplia, après avoir jeté les trois sous, et parcourut les titres de la première page. – Rien. – Son cœur se mit à battre ; il ouvrit la feuille, et il eut une forte émotion en lisant, au bas d’une colonne en grosses lettres : « Georges Duroy ». Ça y était ! quelle joie !

p. 85-86

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7. Rue de Constantinople

Clotilde de Marelle, une amie de Forestier, est devenue la maîtresse de Duroy. Suite à une altercation avec le voisinage de Duroy, il est invité à la rejoindre dans un appartement qu’elle loue spécialement pour leurs ébats.

 Comme il se levait tard, il était encore au lit, le lendemain vers onze heures, quand le facteur du télégraphe lui apporta le petit bleu promis.

Duroy l’ouvrit et lut :

«Rendez-vous tantôt, cinq heures, rue de Constantinople, 127. Tu te feras ouvrir l’appartement loué par Mme Duroy.

CLO t’embrasse.»

À cinq heures précises, il entrait chez le concierge d’une grande maison meublée et demandait : – C’est ici que Mme Duroy a loué un appartement ?

– Oui, monsieur.

– Voulez-vous m’y conduire, s’il vous plaît.

L’homme, habitué sans doute aux situations délicates où la prudence est nécessaire, le regardait dans les yeux, puis, choisissant dans la longue file de clefs :

– Vous êtes bien M. Duroy ?

– Mais oui, parfaitement.

Et il ouvrit un petit logement composé de deux pièces et situé au rez-de-chaussée, en face de la loge.

p. 123-124

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8. Folies Bergère

Mme de Marelle veut aller aux Folies Bergère. Duroy hésite car il a déjà fini la soirée là-bas avec l’une des filles, Rachel. Cette dernière s’y trouve ce soir-là et tente discrètement de saluer Duroy qui fait mine de l’ignorer, ce qui provoque sa colère. 

Dès qu’elle s’aperçut que Mme de Marelle la regardait, elle toucha du bout du doigt l’épaule de Duroy :

– Bonjour. Tu vas bien ?

Mais il ne se retourna pas.

Elle reprit :

– Eh bien ? Es-tu devenu sourd depuis jeudi ?

Il ne répondit point, affectant un air de mépris qui l’empêchait de se compromettre, même pas un mot, avec cette drôlesse.

Elle se mit à rire, d’un rire de rage, et dit :

– Te voilà donc muet ? Madame t’a peut-être mordu la langue ?

Il fit un geste furieux, et d’une voix exaspérée :

– Qui est-ce qui vous permet de parler ? Filez ou je vous fais arrêter.

Alors, le regard enflammé, la gorge gonflée, elle gueula :

– Ah ! c’est comme ça ! Va donc, mufle ! Quand on couche avec une femme on la salue au moins. C’est pas une raison parce que t’es avec une autre pour ne pas me reconnaître aujourd’hui. Si tu m’avais seulement fait un signe quand j’ai passé contre toi, tout à l’heure, je t’aurais laissé tranquille. Mais t’as voulu faire le fier, attends, va ! Je vais te servir moi ! Ah ! tu ne me dis seulement pas bonjour quand je te rencontre…

Elle aurait crié longtemps, mais Mme de Marelle avait ouvert la porte de la loge, et elle se sauvait, à travers la foule, cherchant éperdument la sortie.

p. 140-141

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9. Boulevard Malesherbes

Sur les conseils de Mme Forestier, Duroy prend contact avec Mme Walter, la femme du directeur du journal. Cette dernière l’invite à lui rendre visite à son domicile boulevard Malesherbes. 

Dès qu’il fut parti, une des femmes déclara :

– Il est drôle ce garçon. Qui est-ce ?

Mme Walter répondit :

– Un de nos rédacteurs, qui ne fait encore que la menue besogne du journal, mais je ne doute pas qu’il arrive vite.

Duroy descendait le boulevard Malesherbes gaiement, à grand pas dansants, content de sa sortie et murmurant : «Bon départ».

Il se réconcilia avec Rachel, ce soir-là.

La semaine suivante lui apporta deux événements. Il fut nommé chef des échos et invité à dîner chez Mme Walter. Il vit tout de suite un lien entre les deux nouvelles.

p. 153-154

 

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10. Gare Saint-Lazare

Duroy a assisté Madeleine Forestier au chevet de son époux mourant. Il en a profité pour lui faire savoir qu’il était prêt à l’épouser, proposition qu’elle a acceptée. Madeleine souhaite rencontrer les parents de Duroy. Le couple prend la direction de la Normandie dont il est originaire.

Donc, le 10 mai étant venu, les nouveaux époux ayant jugé inutiles les cérémonies religieuses, puisqu’ils n’avaient invité personne, rentrèrent pour fermer leurs malles après un court passage à la mairie, et ils prirent à la gare Saint-Lazare le train de six heures du soir qui les emporta vers la Normandie.

Ils n’avaient guère échangé que vingt paroles jusqu’au moment où ils se trouvèrent seuls dans le wagon. Dès qu’ils se sentirent en route, ils se regardèrent et se mirent à rire, pour cacher une certaine gêne, qu’ils ne voulaient point laisser voir.

p. 236-237

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11. Rue Notre-Dame-de-Lorette

Il remontait chez lui, ce soir-là ; au logis de son prédécesseur, le cœur joyeux, pour dîner, avec le désir éveillé d’embrasser tout à l’heure sa femme dont il subissait vivement le charme physique et l’insensible domination. En passant devant une fleuriste, au bas de la rue Notre-Dame-de-Lorette, il eut l’idée d’acheter un bouquet pour Madeleine et il prit une grosse botte de roses à peine ouvertes, un paquet de boutons parfumés.

À chaque étage de son nouvel escalier il se regardait complaisamment dans cette glace dont la vue lui rappelait sans cesse sa première entrée dans la maison.

Il sonna, ayant oublié sa clef, et le même domestique, qu’il avait gardé aussi sur le conseil de sa femme, vint ouvrir.

Georges demande :

– Madame est rentrée ?

– Oui, monsieur.

Mais en traversant la salle à manger il demeura fort surpris d’apercevoir trois couverts ; et, la portière du salon étant soulevée, il vit Madeleine qui disposait dans un vase de la cheminée une botte de roses toute pareille à la sienne. Il fut contrarié, mécontent, comme si on lui eût volé son idée, son attention et tout le plaisir qu’il en attendait.

Il demanda en entrant :

– Tu as donc invité quelqu’un ?

Elle répondit sans se retourner, en continuant à arranger ses fleurs :

– Oui et non. C’est mon vieil ami le comte de Vaudrec qui a l’habitude dîner ici tous les lundis, et qui vient comme autrefois.

p. 255-256

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12. Arc de triomphe

Duroy nourrit une grande jalousie envers le défunt Forestier. Durant une balade en fiacre, il insiste lourdement auprès de Madeleine pour savoir si elle a trompé Charles. Madeleine, se sentant offensée et refusant de répondre, Duroy est de plus en plus amer et la soupçonne fortement d’avoir été infidèle.

L’arc de triomphe de l’Etoile apparaissait debout à l’entrée de la ville sur ses deux jambes monstrueuses, sorte de géant informe qui semblait prêt à se mettre en marche pour descendre la large avenue ouverte devant lui.

Georges et Madeleine se retrouvaient là dans le défilé des voitures ramenant au logis, au lit désiré, l’éternel couple, silencieux et enlacé. Il semblait que l’humanité tout entière glissait à côté d’eux, grise de joie, de plaisir, de bonheur.

La jeune femme, qui avait bien pressenti quelque chose de ce qui se passait en son mari, demanda de sa voix douce :

– À quoi songes-tu, mon ami ? Depuis une demi-heure tu n’as point prononcé une parole.

Il répondit en ricanant :

– Je songe à tous ces imbéciles qui s’embrassent, et je me dis que, vraiment, on a autre chose à faire dans l’existence.

Elle murmura :

– Oui… mais c’est bon quelquefois.

– C’est bon… c’est bon… quand on n’a rien de mieux !

La pensée de Georges allait toujours, dévêtant la vie de sa robe de poésie, dans une sorte de rage méchante : «Je serais bien bête de me gêner, de me priver de quoi que ce soit, de me troubler, de me tracasser, de me ronger l’âme comme je le fais depuis quelque temps.» L’image de Forestier lui traversa l’esprit sans y faire naître aucune irritation. Il lui semble qu’ils venaient de se réconcilier, qu’ils redevenaient amis. Il avait envie de lui crier : « Bonsoir, vieux. »

p. 270-271

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13. Rue de Verneuil

Cultivant toujours cette amertume envers son épouse, Duroy repense avec nostalgie à son ancienne maîtresse, Clotilde de Marelle.

Tout le soir, il fut hanté par des souvenirs de son amour avec Clotilde, des souvenirs tendres et sensuels en même temps. Il se rappelait ses drôleries, ses gentillesses, leurs escapades. Il se répétait à lui-même : «Elle est vraiment bien gentille. Oui, j’irai la voir demain.»

Dès qu’il eut déjeuné, le lendemain, il se rendit en effet rue de Verneuil. La même bonne lui ouvrit la porte, et, familière à la façon des domestiques de petits bourgeois, elle demanda :

– Ça va bien, monsieur ?

Il répondit : – Mais oui, mon enfant.

Et il entra dans le salon, où une main maladroite faisait des gammes sur le piano. C’était Laurine. Il crut qu’elle allait lui sauter au cou. Elle se leva gravement, salua avec cérémonie, ainsi qu’aurait fait une grande personne, et se retira d’une façon digne.

Elle avait une telle allure de femme outragée, qu’il demeura surpris. Sa mère entra. Il lui prit et lui baisa les mains.

– Combien j’ai pensé à vous ! dit-il.

– Et moi, dit-elle.

Ils s’assirent. Ils se souriaient, les yeux dans les yeux, avec une envie de s’embrasser sur les lèvres.

p. 275-276

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14. Église de la Sainte-Trinité

Sentant qu’il ne laisse pas Mme Walter indifférente, Duroy lui déclare sa flamme. Elle repousse ses avances mais il se fait tellement insistant qu’elle accepte de le retrouver le lendemain à la Trinité pour poursuivre la discussion.

 – Je suis folle de vous laisser me parler ainsi, folle d’être venue, folle de faire ce que je fais, de vous laisser croire que cette…cette…aventure peut avoir une suite. Oubliez cela, il le faut, et ne m’en reparlez jamais.

Elle attendit. Il cherchait une réponse, des mots décisifs, passionnés, mais ne pouvant joindre le geste aux paroles, son action se trouvait paralysée.

Il reprit :

– Je n’attends rien… je n’espère rien. Je vous aime. Quoi que vous fassiez, je vous le répéterai si souvent, avec tant de force et d’ardeur, que vous finirez bien par le comprendre. Je veux faire pénétrer en vous ma tendresse, vous la verser dans l’âme, mot par mot, heure par heure, jour par jour, de sorte qu’enfin elle vous imprègne comme une liqueur tombée goutte à goutte, qu’elle vous adoucisse, vous amollisse et vous force, plus tard, à me répondre : « Moi aussi, je vous aime. »

Il sentait trembler son épaule contre lui et sa gorge palpiter ; et elle balbutia, très vite : – Moi aussi, je vous aime.

p. 299

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15. Parc Monceau

Mme Walter a envoyé un billet à Duroy pour lui donner rendez-vous au parc Monceau.

Il trouva Mme Walter dans la petite ruine antique où coule une source. Elle faisait le tour du cirque étroit de colonnettes, d’un air inquiet et malheureux.

Aussitôt qu’il l’eut saluée :

– Comme il y a du monde dans ce jardin ! dit-elle.

Il saisit l’occasion :

– Oui, c’est vrai ; voulez-vous venir autre part ?

– Mais où ?

– N’importe où, dans une voiture, par exemple. Vous baisserez le store de votre côté, et vous serez bien à l’abri.

– Oui, j’aime mieux ça ; ici je meurs de peur.

– Eh bien, vous allez me retrouver dans cinq minutes à la porte qui donne sur le boulevard extérieur. J’y arriverai avec un fiacre.

Et il partit en courant.

Dès qu’elle l’eut rejoint et qu’elle eut bien voilé la vitre de son côté, elle demanda :

– Où avez-vous dit au cocher de nous conduire ?

Georges répondit :

– Ne vous occupez de rien, il est au courant.

Il avait donné à l’homme l’adresse de son appartement de la rue de Constantinople.

 p. 309-310

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16. Rue Drouot

Il ne voulait pas entrer au journal, préférant causer avec Madeleine avant de revoir Walter et d’écrire son article ; et il se mit en route pour revenir chez lui.

Il atteignait la rue Drouot quand il s’arrêta net ; il avait oublié de prendre des nouvelles du comte de Vaudrec, qui demeurait Chaussée-d’Antin. Il revint donc, flânant toujours, pensant à mille choses, dans une songerie heureuse, à des choses douces, à des choses bonnes, à la fortune prochaine et aussi à cette crapule de Laroche et à cette vieille teigne de Patronne. Il ne s’inquiétait point, d’ailleurs, de la colère de Clotilde, sachant bien qu’elle pardonnerait vite.

Quand il demanda au concierge de la maison où demeurait le comte de Vaudrec :

«- Comment va M. de Vaudrec ? on m’a appris qu’il était souffrant, ces jours derniers.

L’homme répondit :

– M. le comte est très mal, monsieur. On croit qu’il ne passera pas la nuit, la goutte est remontée au cœur.

p.  333

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17. Rue du Faubourg-Saint-Honoré

Walter achète un somptueux hôtel particulier rue du Faubourg-Saint-Honoré. Il convie le tout Paris à une soirée dans sa nouvelle demeure. Duroy rechigne à s’y rendre mais il finit par accompagner son épouse. Entre-temps, il s’est lassé des charmes de Mme Walter pour se laisser séduire par ceux de sa fille, Suzanne, qu’il retrouve à la soirée.

 Du Roy prit familièrement le coude de la jeune fille restée près de lui, et de sa voix caressante :

– Écoutez, ma chère petite, me croyez-vous bien votre ami ?

– Mais oui, Bel-Ami.

– Vous avez confiance en moi ?

– Tout à fait.

– Vous vous rappelez ce que je vous disais tantôt ?

– À propos de quoi ?

– À propos de votre mariage, ou plutôt de l’homme que vous épouserez.

– Oui.

– Eh bien ! voulez-vous me promettre une chose ?

– Oui, mais quoi ?

– C’est de me consulter toutes les fois qu’on demandera votre main, et de n’accepter personne sans avoir pris mon avis.

– Oui, je veux bien.

– Et c’est un secret entre nous deux. Pas un mot de ça à votre père ni à votre mère.

– Pas un mot.

– C’est juré ?

– C’est juré.

p. 366

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18. Rue des Martyrs

Duroy suit sa femme. Il découvre que ses soupçons quant à son infidélité sont fondés, ce qui lui offre la possibilité de rompre son mariage…

 – Comme je le prévoyais, M. le commissaire de police, ma femme dîne avec son amant dans le logement garni qu’ils ont loué rue des Martyrs.

Le magistrat s’inclina :

– Je suis à votre disposition, monsieur.

Georges reprit : – Vous avez jusqu’à neuf heures, n’est-ce pas ? Cette limite passée, vous ne pouvez plus pénétrer dans un domicile particulier pour y constater un adultère. – Non, monsieur, sept heures en hiver, neuf heures à partir du 31 mars. Nous sommes au cinq avril, nous avons donc jusqu’à neuf heures.

– Eh bien, M. le commissaire, j’ai une voiture en bas, nous pouvons prendre les agents qui vous accompagneront, puis nous attendrons un peu devant la porte. Plus nous arriverons tard, plus nous avons de chance de bien les surprendre en flagrant délit.

p. 376-377

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19. Place de la Concorde

Duroy, ayant réussi à rompre son mariage, peut désormais prétendre à épouser Suzanne Walter. Bien conscient que les Walter ne lui donneront jamais la main de leur fille, il a donné rendez-vous à Suzanne à minuit place de la Concorde pour l’enlever, afin que ses parents soient forcés d’accepter le mariage.

De temps en temps, il regardait la pendule, en pensant : «Ça doit chauffer là-bas.» Et une inquiétude le mordait au cœur. S’il allait échouer ? Mais que pouvait-il craindre ? Il se tirerait toujours d’affaire ! Pourtant c’était une grosse partie qu’il jouait, ce soir-là !
Il ressortit vers onze heures, erra quelques temps, prit un fiacre et se fit arrêter place de la Concorde, le long des arcades du ministère de la Marine.
De temps en temps il enflammait une allumette pour regarder l’heure à sa montre. Quand il vit approcher minuit, son impatience devint fiévreuse. À tout moment il passait la tête à la portière pour regarder.
Une horloge lointaine sonna douze coups, puis une autre plus près, puis deux ensemble, puis une dernière très loin. Quand celle-là eut cessé de tinter, il pensa : « C’est fini. C’est raté. Elle ne viendra pas. »

p. 392-393



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