Balades littéraires

Chasse à l’homme

C’est reparti pour une nouvelle balade littéraire !!! 

Cette fois-ci, c’est sur les traces d’un roman québécois que je vous propose de partir. S’il se déroule entre Paris et le Québec, nous nous limiterons à la capitale française pour des raisons que vous pouvez deviner.

Nous allons suivre les péripéties de la narratrice qui embarque pour Paris à la quête du grand amour :
« Suivant ma grand-mère dans sa fabulation, mes proches se sont mis en tête de m’envoyer sur le Vieux Continent afin que je trouve en France l’amour. Je doutais du succès de l’entreprise. Mais je savais une chose : il ne m’arriverait rien si je restais à Montréal »

Quel programme !! Et pourtant, dans ce livre, il y a des choses que j’ai beaucoup aimées, notamment la filiation revendiquée à l’œuvre de Sophie Calle, et d’autres qui m’ont un peu dérangée.

Je ne vous en dis pas plus car je suis super curieuse d’avoir vos impressions au fur et à mesure des extraits !! Car c’est aussi l’intérêt de ces balades ! Vous proposer une introduction à certains livres afin de pouvoir échanger à leur sujet avec vous, même s’il s’agit de livres que vous n’avez pas lus !

Édition utilisée

Chasse à l’homme a été publié aux éditions La Peuplade.

Cartographie des lieux

1. Paris insta

1. Paris

On ferait comme si le petit Français existait.

On dirait que je le chercherais. On dirait que je suis une fille qui cherche l’amour à Paris.
Un cliché, je sais, que j’embrasserais sur la bouche. Je le pousserais jusqu’à ce qu’il cède, exaspéré. Je ferais comme si, mais je le ferais pour de vrai. Ce serait la faille et la beauté de ce projet. De cette histoire remâchée, un jour, je dirais qu’elle m’était arrivée.

p. 27

2 Ritz violet

2. Le Ritz

Le jour de la rentrée, je me suis rendue au Ritz pour le lancement de « Je suis le méchant ! » Wadji Mouawad se trouvait en Europe. Sur place, André Brassard était bien entouré. Moi, je buvais une flûte de mousseux en gardant un oeil sur les petites bouchées.
Un garçon que je connaissais est venu me parler. Nous avons quitté le Ritz pour nous rendre dans un restaurant. J’étais affamée. Puis il m’a invitée chez lui pour un thé. J’allais partir quand il m’a tirée par les jambes sur le plancher.
Depuis je ne reste jamais longtemps dans les lancements.

p. 38

3. Pont Paris

3. Paris

À l’époque, j’avais le sentiment que l’avenir était encore loin. En me rendant à Paris chercher le petit Français, je me disais que je passerais le temps en le poursuivant.
Je me voyais traquer des indices. Questionner des gens. Tout ficher, cataloguer. Suivre les pistes dans l’espoir que l’une d’elles me mènerait à celui que je ramènerais à la maison en disant : c’est lui. C’est lui, le petit Français. Mon futur amoureux, celui dont vous rêviez. Lui, que j’ai poursuivi, que j’ai trouvé.
Et la littérature l’aurait emporté sur la réalité.

p. 48

4. Roquette insta

4. Rue de la Roquette

 À force d’opprobre, je me suis mise en quête de cavalières.
J’en essayais une paire, rue de la Roquette, quand un homme a passé la porte de la boutique. La trentaine heureuse, un visage bon enfant, une veste marine et des boucles marron. Ces bottes, m’a-t-il dit, m’allaient décidément très bien. Je n’étais pas convaincue. Il a détourné discrètement le regard pour me suggérer : « Mais pourquoi ne revenez-vous pas avec votre ami.e ? »
La finale muette dont on ignore si elle se termine par un « e » ou un « i », rendant équivoque le sexe de l’ami, laissant supposer l’amant se cachant derrière ce mot, soulevant la question de mon état marital à laquelle je répondrais sans qu’elle ait été posée, la double entente livrée dans le plus rond des accents français, tout cela m’a charmée. Lui, c’est simplement le galbe de mes mollets qui l’a séduit.

p. 76

5. Opéra

5. Opéra Garnier

De l’amour, ce qui m’intéresse, c’est l’histoire. À commencer, bien sûr, par le début.
Quels éléments faut-il réunir pour qu’une histoire d’amour s’enclenche ?
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Les surréalistes proposaient cette tactique : déambulez sur les Grands Boulevards, près de l’Opéra Garnier, et abordez la première femme qui vous regarde. 

p. 79

6. Bastille

6. Bastille

J’ai imaginé l’histoire suivante.
J’avais échangé avec un homme des mots et un sourire près du métro Bastille. Comme question à laquelle seul l’homme recherché aurait la réponse, j’ai tapé : Quel était mon mode de transport ?
À ma grande surprise, un homme m’a contactée, qui s’était reconnu dans ce début de romance. Ce dénommé Nicolas m’a appris qu’il m’avait rencontrée alors que je cherchais mon chemin à Vélib’.
L’information me plaisait. Je ferais comme cette femme : je roulerais dans les rues de Paris dans l’espoir de provoquer un coup de foudre.

p. 79-80

7. Palais de Tokyo insta

7. Palais de Tokyo

Un soir, à Paris, au Palais de Tokyo, je suis tombée sur le dernier livre de Sophie Calle : Où et quand ? Curieuse de voir le stratagème adopté, j’ai retourné le volume pour lire, sur la quatrième : J’ai proposé à Maud Kristen, voyante, de prédire mon futur afin d’aller à sa rencontre, de le prendre de vitesse.
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À qui appartient une histoire vraie ?

p. 82

8. Canal St Martin

8. Canal Saint-Martin

J’habitais près du canal Saint-Martin. Le métro débouchait sur la terrasse d’un bar qui s’appelait Le Triomphe de l’Est. Chaque fois que j’en sortais, j’avais une pensée pour le bum de la rue Sherbrooke.
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Mon premier appartement était situé dans l’est de Montréal, à la frontière des quartiers Rosemont et Hochelaga. Quand je traversais la rue Sherbrooke pour me rendre au métro Préfontaine, un bum se faisait un point d’honneur de me crier, chaque matin, que c’était moi « la plus belle fille de l’est de Montréal ». De l’est – non de l’île. Paradoxalement, c’est sa précision qui rendait le compliment laudatif
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Le choc quand, dans les rues de Paris, les sans-abris m’invectivaient. « Pute ! » « Fille
de riche ! »
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J’ai compris la raison de leur hargne dans le vestiaire d’un coiffeur de la Rive droite où j’ai eu peine à suspendre mon trench Benneton tant était compacte la rangée de Burberrys. En France, la bourgeoisie se drape d’un imperméable.

p. 90

9. Plaza

9. Plaza Athénée

Un soir, le petit Français qui n’était pas japonais m’a appelée. Il partait le lendemain rejoindre sa famille pour les vacances et me proposait de prendre un verre le soir même. Y avait-il un endroit à Paris où je n’avais pas encore mis les pieds ? Je n’étais jamais allée au Plaza Athénée. Un endroit parfait pour le test du restaurant, qui plus est.
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Alors que le maître d’hôtel nous menait à notre table, le petit Français saluait d’un discret coup de tête les habitués – mannequins, politiciens, journalistes – qui peuplaient la terrasse, cachés de la rue par une haie de conifères. Comme il n’y avait que le gotha pour fréquenter le bar de ce palace du faubourg Saint-Honoré à une heure si tardive, tous les clients nous croyaient des leurs.
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Au moment de régler, le serveur a simplement attendu derrière son épaule. C’est à peine si j’ai vu la carte bancaire tendue. Deux verres, soixante euros.
Sans sourciller, le petit Français avait dominé le test du restaurant. 

p. 112

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