Balades littéraires

La Cerise sur le gâteux

Cette fois-ci, c’est sur les traces du Poulpe que nous allons partir !

Depuis 1995, l’écriture du Poulpe a été confiée à de nombreux auteurs qui doivent tous respecter la même charte (aussi appelée la « Bible »). En résumé, certains des éléments doivent se retrouver dans chaque épisode.

Le Poulpe est, notamment, un grand amateur de bière (en revanche, il est anti-vin). Il est donc censé en boire à chaque épisode et, de ce fait, vanter les mérites d’une bière locale ou inconnue.

Autre exemple assez amusant : un livre culte (réel ou inventé) doit toujours être mentionné par le Poulpe ou par un autre personnage.Certains lieux sont également des incontournables à l’instar du salon de coiffure de Cheryl, rue Popincourt, ou du bar de prédilection du Poulpe : Au pied de porc à la Sainte-Scolasse, situé avenue Ledru-Rollin, entre la rue de Charonne et la place Léon-Blum.

En partant sur les traces des aventures écrites par Jean-Jacques Reboux, La Cerise sur le gâteux, j’ai eu quelques difficultés car certains toponymes correspondent à la réalité alors que d’autres ont été modifiés. Je pense notamment à Charenton qui est appelé Charençon, au métro Liberté qui devient Fraternité ou à l’avenue de Gravelle qui apparaît sous le nom d’avenue des Bartavelles.

J’espère donc que mes associations entre réalité et fiction ne sont pas trop erronées et je vous invite à la balade ! Vous me suivez ?

 

Édition utilisée

La Cerise sur le gâteaux a été publié aux éditions Baleines, maison d’édition qui a aujourd’hui malheureusement disparue, mais vous pouvez trouver cette édition en occasion.

Cartographie des lieux

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1. Foire du Trône

Alvaro et sa sœur Yanissa, accompagnés de leurs amis, quittent la foire du Trône. C’est là que les choses se gâtent…

 Ils sortirent de l’enceinte de la foire, et Yanissa sentit la trouille reprendre le dessus. Inexplicablement. Ça recommençait. Elle avait l’impression de descendre une seconde fois de la grande roue. Elle sentit ses tripes se nouer. Une espèce d’apesanteur nauséeuse. C’était plus fort qu’elle. Pendant une fraction de secondes, elle huma l’odeur du danger. C’était là, tout près.
– Jette ton cigare, Alvaro, fit-elle tout à coup.
– Un cadeau de Timothée ? T’es folle, petite sœur.
– Jette-le, je te dis !
Yanissa avait crié. Elle venait de les voir, au bout de l’allée. Ils venaient de l’avenue des Bartavelles et se dirigeaient vers eux.
– Mais qu’est-ce qui t’prend ? T’es dingue, p’tite sœur.
Alvaro fit claquer ses bretelles en mimant l’air avantageux du bourgeois content de lui. À ce moment-là, il les vit lui aussi. Et les autres aussi.
– Viens, on retourne à la foire, fit Bip. Je les sens pas, ces keums.
– Ce serait le meilleur moyen d’attirer leur attention, tête de piaf, répondit Alvaro.
La bande de skinheads arrivait sur eux.

 

p. 13

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2. Foire du trône

Les intuitions de Yanissa étaient fondés. Suite à une altercation avec les skinheads, son frère a trouvé la mort.

Les deux fourgons de police pilèrent à l’angle de l’avenue des Bartavelles et de la rue des Coudriers, treize minutes exactement après la mort d’Alvaro Pereira. Dès qu’elle entendit les sirènes des flics, Yanissa laissa retomber la tête de son frère par terre, avec une absence de précaution qui stupéfia les témoins de la scène, elle qui avait été si prévenante, si douce avec le mort. Le jeune métis qui avait été chargé par Bip de la surveiller vit dans ses yeux un éclair de terreur. Il ne put l’empêcher de filer. Elle courut vers l’enceinte de la foire du Trône, sans se retourner. 

p. 18

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3. Avenue Ledru-Rollin

Le Poulpe (aka Gabriel) se rend dans son troquet habituel avenue Ledru-Rollin dans le 11e : Au Pied de Porc à la Sainte-Scolasse (le lieu l’ayant inspiré correspondrait désormais au Petit Bougnat que j’ai choisi par hasard pour illustrer ce passage).

Apparemment, c’est souvent là-bas que débutent les aventures du Poulpe, soit en lisant le journal, soit en discutant avec Gérard, son ami cafetier, qui lui parle des affaires récentes. C’est d’ailleurs ce qui arrive dans cet épisode puisque c’est en discutant avec Gérard que le Poulpe apprend ce qui s’est passé à la foire du Trône.

Gabriel broya un croissant sans l’écouter. – Remarque, dans le genre maladroit, les mecs de la foire du Trône, ils ont fait fort, ajouta Gérard en servant le café de Gabriel.

– Ah bon ! qu’est-ce qui s’est passé ?                                                      -T’as pas vu la une ?

– J’ai commencé par la fin.

Gabriel fonça à la une du Parisien, ses longs bras de poulpe engagés dans un corps à corps avec les pages froissées du journal. Il lut le titre à mi-voix. 

– « Un Français originaire du Cap-Vert tué par balle par un skinhead à la foire du Trône. »

p. 20

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4. Charenton-Le-Pont

Trouvant certaines choses louches dans cette affaire (l’origine de cette bagarre n’est pas connue, le seul skinhead interrogé est resté muet, les amis de la victime ont entendu des coups de feu provenant de l’avenue des « Bartavelles », la sœur de la victime s’est enfuie et a disparu…), le Poulpe décide de creuser.

Il se rend à  »Charençon » et fait la connaissance d’un étrange énergumène : un SDF prénommé Joël, qui l’emmène visiter le quartier.

 Gabriel regarda Joël à la dérobée, tandis qu’il poursuivit sa péroraison d’anar basique. Sympathique, mais il était temps de remettre le disjoncteur.

– T’as entendu parler d’Alvaro Pereira ?

– Le type de la fête du Trône ? Oui et non.

Joël perdait de sa verdeur. Il n’en savait pas plus que ce que disaient les journaux, l’information avait été complètement cadenassée par l’autorité, vrai de vrai, et il ajouta d’un air maussade que même si on arrêtait l’assassin, le vrai coupable, lui, était bonnard pour mille ans !

– Qu’est-ce que tu barjotes ?

– En général, je fais fuir, ricana le clochard. Qui t’es, toi ?

Le Poulpe écarta les bras.

– Je voulais être sociologue. Ma tante a jamais voulu.

– T’es un comique, toi !

– Si tu veux pas causer, je me casse et on n’en parle plus.

– Tu vas rire… Au début, j’ai cru que t’étais un flic !

Le Poulpe s’esclaffa. Posa un bras interminable sur l’épaule du SDF.

– C’est toi le comique, mon pote !

p. 24-25

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5. Place du Trocadéro

Le Poulpe a rendu visite à la mère de Yanissa, toujours portée disparue. Il propose son aide pour la retrouver. En partant, il croise des amis de Yanissa et d’Alvaro qui lui parlent de Cendrine, la meilleure amie de Yanissa. Ils lui apprennent que Cendrine et Yanissa ont eu des problèmes avec les policiers de Charençon l’année précédente. Le Poulpe part donc trouver Cendrine pour en savoir plus. C’est lors d’un rassemblement de protestation suite à l’assassinat d’Alvaro qu’il la rencontre.

 – Alors, il paraît que vous voulez me voir ?

– Ah ! vous êtes Cendrine ?

– Diego se demande si vous êtes flic ou journaliste, répliqua-t-elle.

– Eh bien il se plante doublement, dit Gabriel en tournant les talons.

– Attendez, attendez ! Où vous allez comme ça ? Vous ne voulez plus nous aider à retrouver Yanissa ? (Gabriel continua à marcher d’un pas ample, en l’ignorant.) Vous vous défilez, c’est ça ?

– Venez avec moi si vous voulez. Je prends le métro.

La fille le rattrapa à la hauteur du musée des Monuments français.

– Le problème, c’est que je change à Denfert, faut absolument que je vois un type en banlieue, pour Yani…

– Et je peux pas vous accompagner, j’ai compris. On peut vous joindre quelque part ? – Ben…

Gabriel sortit une carte de visite des profondeurs de son blouson.

– Si ça vous emmerde de me donner votre bigo, vous pouvez me laisser un message à ce numéro.

Cendrine prit le carton et le retourna dans tous les sens.

– Un salon de coiffure ! C’est quoi, ce lézard ?

– Y a pas de lézard, la patronne est une copine. J’habite à l’hôtel et c’est la façon la plus rapide de me joindre.

p. 45

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6. Rue Popincourt

On retrouve le Poulpe qui passe justement au salon de coiffure retrouver Cheryl, présente dans toutes ses aventures.

Le petit salon de coiffure de la rue Popincourt était à peu près désert. Une shampouineuse s’activait sur un cuir chevelu. L’autre employée feuilletait Jardin des Modes au fond du salon, tandis que Cheryl, la patronne, encaissait une fille aux cheveux verts. Gabriel poussa la porte. Cheryl libéra sa cliente et vint vers lui en ondulant légèrement des fesses. Cheryl. Cintrée dans un ensemble jupe blouson de cuir rouge qui mettait en valeur ses cheveux blonds comme les blés et ses formes arrêtées au micron. Éblouissante, comme toujours. – Combien il a de barbouzes au train, aujourd’hui, mon ange Gabriel ?

Gabriel déposa un chaste baiser dans le cou de la coiffeuse.

– Tu sens bon, toi.

– Ça te plaît ? c’est du Guerlain. Un représentant baisouilleur.

– Tu sens bon, mais t’es vulgaire.

– Tu me demandes pas comment ça s’est fini avec l’ami Guerlain ? chuchota Cheryl à l’oreille du Poulpe.

– Je fais confiance à ton sens de la vertu.

– Tu pourrais au moins être jaloux… Au fait, il y a une Cendrine qui a appelé à l’instant, elle avait pas l’air dans ses souliers, la pauvresse !

– Déjà ? mais on s’est quittés y a pas deux heures !

– Elle voulait voir si tu lui avais pas refilé un numéro bidon, j’ai l’impression… C’est calme, je te rafraîchis un peu ?

– Pour une fois, je suis venu pour ça figure-toi.

– Alors, installe-toi, Indiana Jones…

 

Un quart d’heure plus tard, Cheryl avait jeté sur les cheveux bruns bouclés de Gabriel une teinture jaune PTT et le gel qui allait avec. 

p. 47-48

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7. Charenton-Le-Pont

Le Poulpe sort du Roussillon, un bar de « Charençon » appartenant à des locaux qui tiennent également un petit journal : le Charençon-Sans-Plomb. Il a passé une soirée instructive. En effet, l’équipe journalistique underground soupçonne le maire de la commune de plusieurs actions douteuses, destinées à épurer la ville…

 Il traversa la rue de Paris et se dirigea vers le métro en titubant. Il ne vit pas la 504 qui fonçait sur lui tous feux éteints. Mais il entendit le cri déchirant hurlé dans la nuit. « ARAGO ! ARAGO ! » D’instinct, il plongea droit devant lui et se cogna le front contre l’arrête coupante du trottoir. Joël courut vers lui, l’aida à se relever.

– Eh ben, il était moins une. Tu t’es fait mal ? – Merci, ça ira, Don Quichotte. T’es un vrai ange gardien.

 

Joël lui tendit un exemplaire de Charençon-Sans-Plomb. Rien à voir avec les magouilles évoquées pendant la soirée. On y parlait de la piscine encore fermée tout l’été, de la patinoire interdite pour cause d’insécurité, de la courbe des effectifs de police municipale inversement proportionnelle à celle des travailleurs sociaux. 

 

p. 60-61

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8. Nation

Le Poulpe rejoint Cendrine dans un café à Nation. Pour l’aider à retrouver Yanissa, elle lui raconte ce qui leur arrivé au commissariat l’an passé et les violences dont elles ont été victimes. Le Poulpe se renseigne pour savoir si cela peut avoir un lien avec l’assassinat d’Alvaro et la disparition de sa sœur. Il en apprend aussi sur Joël (surnommé Don Quichotte ici), le SDF de « Charençon ».

– Les deux flics, ils sont toujours à Charençon ?

– Je sais pas, moi. (Cendrine s’énervait.) Où tu veux en venir là ? T’es un ancien keuf, c’est ça ?

Gabriel partit dans un éclat de rire imparable.

– On me l’avait pas faite, celle-là.

– Alvaro était un pote à toi ?

– Non. Je te jure que non. Tu me fais confiance ?

Cendrine hocha la tête.

– À part toi et sa famille, qui elle voit à Charençon ?

– On a fait le tour, tu sais. Mais il y a un type qu’elle aime beaucoup, je sais pas son nom…Tu sais, c’est le morceau de bravoure qui se trimballe avec les sacs.

– Don Quichotte. Il est partout, celui-là… C’est bizarre, il m’a dit qu’il la connaissait à peine.

– Et ben, c’est un sacré menteur.

– J’ai beau avoir une tendresse particulière pour les mecs qui me sauvent la vie, ça m’agace de savoir que c’est un menteur. – Qu’est-ce que tu dis ? Il t’a sauvé la vie !

– J’ai failli me faire écraser par une bagnole hier soir.

Cendrine étouffa un rire.

– On a essayé de t’écraser ? Il est trop, lui… C’est pour ça la coupure !

– Non, mais t’es incroyable, toi… J’ai pas dit qu’on m’avait foncé dessus !

– Oh ! ça va, je suis pas conne, hein !

– J’aurais mieux fait de la fermer.

– Ça alors, c’est dément ! Ils t’ont repéré, alors ? J’ai la trouille, Gabriel.

 

– Mollo, Cendrine, c’est peut-être qu’un tordu du volant. On va la retrouver, ta copine. Et vite, encore. 

 p. 67-68

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9. Rue de Pali-Kao

En raison des coups de feu entendus du côté des « Bartavelles », le Poulpe s’interroge…et va fouiner dans une maison de l’avenue surveillée par la police. Elle appartient à un peintre, Rosciolli, ami du maire, à qui la municipalité a consacré un musée. Pour glaner des informations sur le propriétaire, il décide de faire pression sur Génessier, le gardien des lieux, en kidnappant son chien. Il se rend donc à son domicile, rue de Pail-Kao.

Depuis le temps qu’il surfait avec la légalité, le Poulpe en avait fait des vertes et des pas mûres, mais kidnapper un chien, c’était une première. En sonnant chez les Génessier, il se dit qu’il y allait un peu fort. Mais si Rosciolli était mouillé jusqu’au cou, comme il le croyait, il fallait mettre le paquet, et c’était un moyen efficace pour tenir le gorille.

Le rapt du chiot Grognard fut l’affaire d’une minute. Avec son bleu et sa sacoche de gazier, il faisait illusion. Pas besoin de se présenter. Martine Génessier ne lui demanda même pas qui il était.

– Vous avez bien décroché votre téléphone, madame ? Je vais encore vous déranger, mais ça ne sera pas long.

La fille hocha la tête. Elle tenait le chiot dans ses bras. Aussitôt, des braillements retentirent du fond de l’appartement.

– J’ai mon petit qui fait ses dents, vous permettez ? J’en ai pour une minute.

 

Martine Génessier lui colla Grognard dans les bras et s’élança dans le couloir. Le Poulpe prit dans la poche de son blouson le petit mot qu’il avait préparé. J’emmène Grognard. Loïc vous expliquera. Vous le récupérerez d’ici quelques jours. Et il posa le message bien en évidence sur la desserte du téléphone. Puis il sortit avec le chien dans les bras, en fermant doucement la porte. 

p. 85-86

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10. Laumière

Le Poulpe épluche la liste des membres de l’Association pour la Sauvegarde des Bartavelles. Il découvre que Charveix, l’un des policiers impliqué dans la bavure dont Cendrine lui a parlé, en fait partie et qu’il a été révoqué de la police, son racisme l’ayant poussé à commettre d’autres fautes. Ayant appris qu’il vivait actuellement dans un squat vers Laumière, ils partent à sa recherche.

 Cendrine arriva à Laumière à dix-neuf heures pile. Le Poulpe était arrivé un peu avant. Elle avait les yeux cernés par la fatigue et l’angoisse, mais bon sang, il y avait tout dans son regard, sauf de l’abdication. Il s’attendait à ce qu’elle le bombarde de questions sur les occupants du squat, mais elle n’en fit rien. Il lui sembla qu’elle avait déjà compris. Trois filles et trois garçons l’accompagnaient. Parmi eux, Abel, son copain du DAL, un type avec un polo marin, un petit cartable en plastique et un catogan, et qui, à l’entendre, tutoyait l’abbé Pierre, Gaillot, Higelin et le professeur Jacquard.

– Et la Aubry, aussi ? glissa Le Poulpe, profondément agacé par son côté « je sais tout » à la Nicolas Hulot. Et il croisa le regard apaisant de Cendrine qui lui disait, attends, attends, tu vas voir.

Et il vit, effectivement, quand Abel se lança dans un petit exposé sur le 19e arrondissement, le plus ravagé par les promoteurs. […] Dans son cartable, Abel avait une liste détaillée de logements inoccupés du quartier et d’immeubles promis à la démolition. Donc de tous les squats potentiels. […] Ils décidèrent de faire équipe à deux ou trois et de se retrouver à dix heures au métro Ourcq. Passé neuf heures et demie, sonner aux portes, ça devenait délicat. Le Poulpe prit le côté Buttes-Chaumont avec Cendrine et sa copine Valentine, une petite blonde qui rêvait de faire du cinéma.

 

À dix heures, aucun résultat. Il y avait des squats, mais plutôt dans le chevelu musicos. Ils décidèrent de remettre ça le lendemain.

p. 102-103

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11. Rue d’Hautpoul

À force de recherches, Abel finit par trouver un squat qui pourrait correspondre… Le Poulpe se rend sur les lieux, rue d’Hautpoul, et surveille les alentours avec Cendrine.

À cinq heures – Abel était reparti depuis peu –, trois skins rentrèrent au bercail. Ils ressortirent dix minutes plus tard avec des provisions de canettes et s’installèrent un peu plus bas, presque à leur hauteur. Et ils commencèrent à s’imbiber. Une demi-heure passa, dans un silence pesant. Cendrine observant leur manège à la dérobée, avec une trouille bleue d’attirer leur attention. Le Poulpe, accroupi sur le banc, rompu à ce genre d’exercice. Au bout d’un moment, Cendrine s’étira sur la pointe des pieds, elle sentait un parfum bizarre, et elle lui glissa à l’oreille :

– Il est pas là, Charveix. J’en suis sûre.

p. 113

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12. Oberkampf

Joël, le SDF, fait irruption rue d’Hautpoul. Il a des informations pour le Poulpe : Rosciolli n’a jamais peint une seule toile et l’auteur des peintures est en fait la femme du maire. Peu discret, le SDF les fait repérer par les skinheads, qui ont été rejoints par Charveix. Le Poulpe l’embarque. Et Joël a d’autres révélations à faire… C’est en fait chez lui que se cache Yanissa.

– Votre collaborateur a eu un empêchement ? fit-il sèchement.

Le Poule eut un ricanement skinoïde. Il manquait un peu d’entraînement.

– À l’hosto, le collaborateur. L’appendice… Ça lui a pris c’te nuit, il…

– Bon, bon, ça va… Nous…

Rosciolli se pencha en avant et baissa la voix. Il n’y avait pourtant personne aux tables voisines.

– Eu égard à la qualité de vos services, nous… avons ajouté une petite prime, je dirai… substantielle.

– Ah ouais ? Ça, c’est bonnard ! – C’est… bonnard comme vous dîtes. Tenez.

Rosciolli fit glisser sur la table une enveloppe bulle fermée par deux languettes à pression en plastique. Le Poulpe s’en empara en poussant son ricanement. Il la soupesa, fit jouer les pressions et jeta un œil gourmand sur la fraîche en y mettant les doigts. Des bons Curie craquants, tout neufs.

– Vous pouvez compter si vous voulez.

– On vous f’rait pas ça, ho !

Rosciolli sembla apprécier. Le Poulpe se pencha vers lui et murmura, avec un accent à la Gert Fröbe :

– C’est un plaisir de bosser avec vous, mein Gott ! C’est quand vous voulez, hein !

Rosciolli se força à sourire, mais le vieux singe avait appris l’art de la grimace : il mourait plutôt d’envie de lui balancer sa canne dans la gueule.

p. 155

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