Balades littéraires

La Peau de chagrin

Retour aux classiques et retour aux sources puisque nous repartons sur les traces de Balzac mais avec La Peau de chagrin cette fois !Pourquoi retour aux sources ? Parce que c’est à la lecture du Père Goriot il y a un peu plus d’un an que m’est venue l’idée de ces balades littéraires !

J’avais donc envie de me plonger à nouveau dans Balzac et j’ai tout de suite pensé à La Peau de chagrin, le premier Balzac que j’ai lu il y a plus de 10 ans maintenant.
À cette époque, je m’intéressais à la littérature fantastique et j’avais lu l’ouvrage de Todorov à ce sujet. Ses multiples références à La Peau de chagrin m’avaient donné envie de lire ce roman et j’avais beaucoup aimé.


J’ai donc essayé de retranscrire cette atmosphère fantastique pour ce parcours qui, je l’espère, vous plaira !

Édition utilisée

Cartographie des lieux

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1. Palais-Royal

Vers la fin du mois d’octobre dernier, un jeune homme entra dans le Palais-Royal au moment où les maisons de jeu s’ouvraient, conformément à la loi qui protège une passion essentiellement imposable. Sans trop hésiter, il monta l’escalier du tripot désigné sous le nom de numéro 36.
– Monsieur, votre chapeau, s’il vous plaît ? lui cria d’une voix sèche et grondeuse un petit vieillard blême accroupi dans l’ombre, protégé par une barricade, et qui se leva soudain en montrant une figure moulée sur un type ignoble.
Quand vous entrez dans une maison de jeu, la loi commence par vous dépouiller de votre chapeau. Est-ce une parabole évangélique et providentielle ? N’est-ce pas plutôt une manière de conclure un contrat infernal avec vous en exigeant je ne sais quel gage ? Serait-ce pour vous obliger à garder un maintien respectueux devant ceux qui vont gagner votre argent ? Est-ce la police tapie dans tous les égouts sociaux qui tient à savoir le nom de votre chapelier ou le vôtre, si vous l’avez inscrit sur la coiffe ? Est-ce enfin pour prendre la mesure de votre crâne et dresser une statistique instructive sur la capacité cérébrale des joueurs ? Sur ce point l’administration garde un silence complet. Mais, sachez-le bien, à peine avez-vous fait un pas vers le tapis vert, déjà votre chapeau ne vous appartient pas plus que vous ne vous appartenez à vous-même : vous êtes au jeu, vous, votre fortune, votre coiffe, votre canne et votre manteau. À votre sortie, le JEU vous démontrera, par une atroce épigramme en action, qu’il vous laisse encore quelque chose en vous rendant votre bagage. Si toutefois vous avez une coiffure neuve, vous apprendrez à vos dépens qu’il faut se faire un costume de joueur.

p. 60

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2. Jardin des Tuileries

Le « jeune homme » vient de perdre son dernier sou au jeu.

Il se trouva bientôt sous les galeries du Palais-Royal, alla jusqu’à la rue Saint-Honoré, prit le chemin des Tuileries et traversa le jardin d’un pas indécis. Il marchait comme au milieu d’un désert, coudoyé par des hommes qu’il ne voyait pas, n’écoutant à travers les clameurs populaires qu’une seule voix, celle de la mort ; enfin perdu dans une engourdissante méditation, semblable à celle dont jadis étaient saisis les criminels qu’une charrette conduisait du Palais à la Grève, vers cet échafaud, rouge de tout le sang versé depuis 1793.
Il existe je ne sais quoi de grand et d’épouvantable dans le suicide. Les chutes d’une multitude de gens sont sans danger, comme celles des enfants qui tombent de trop bas pour se blesser ; mais quand un grand homme se brise, il doit venir de bien haut, s’être élevé jusqu’aux cieux, avoir entrevu quelque paradis inaccessible. Implacables doivent être les ouragans qui le forcent à demander la paix de l’âme à la bouche d’un pistolet. Combien de jeunes talents confinés dans une mansarde s’étiolent et périssent faute d’un ami, faute d’une femme consolatrice, au sein d’un million d’êtres, en présence d’une foule lassée d’or et qui s’ennuie. À cette pensée, le suicide prend des proportions gigantesques. Entre une mort volontaire et la féconde espérance dont la voix appelait un jeune homme à Paris, Dieu seul sait combien se heurtent de conceptions, de poésies abandonnées, de désespoirs et de cris étouffés, de tentatives inutiles et de chefs-d’œuvre avortés. Chaque suicide est un poème sublime de mélancolie.

p. 70

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3. Musée du Louvre

Le jeune homme continue sa marche funèbre dans Paris et finit par entrer chez un antiquaire…

Quand les boutiques lui manquèrent, il étudia le Louvre, l’Institut, les tours de Notre-Dame, celles du Palais, le Pont des Arts. Ces monuments paraissaient prendre une physionomie triste en reflétant les teintes grises du ciel dont les rares clartés prêtaient un air menaçant à Paris qui, pareil à une jolie femme, est soumis à d’inexplicables caprices de laideur et de beauté. Ainsi, la nature elle-même conspirait à plonger le mourant dans une extase douloureuse. En proie à cette puissance malfaisante dont l’action dissolvante trouve un véhicule dans le fluide qui circule en nos nerfs, il sentait son organisme arriver insensiblement aux phénomènes de la fluidité. Les tourmentes de cette agonie lui imprimaient un mouvement semblable à celui des vagues et lui faisaient voir les bâtiments, les hommes, à travers un brouillard où tout ondoyait. Il voulut se soustraire aux titillations que produisaient sur son âme les réactions de la nature physique, et se dirigea vers un magasin d’antiquités dans l’intention de donner une pâture à ses sens, ou d’y attendre la nuit en marchandant des objets d’art.

p. 74-75

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4. Pont des Arts

L’antiquaire, ayant saisi l’état d’esprit du jeune homme, lui montre un talisman hors du commun : la Peau de chagrin. Elle permet de réaliser tous ses désirs mais elle diminue à chaque souhait, à l’instar des jours de son possesseur… Raphaël, désespéré, s’en saisit et fait son premier vœu : passer une soirée orgiaque.

Il sortit sans entendre un grand soupir que poussa le vieillard, traversa les salles et descendit les escaliers de cette maison, suivi par le gros garçon joufflu qui voulut vainement l’éclairer ; il courait avec la prestesse d’un voleur pris en flagrant délit. Aveuglé par une sorte de délire, il ne s’aperçut même pas de l’incroyable ductilité de la Peau de chagrin, qui, devenue souple comme un gant, se roula sous ses doigts frénétiques et put entrer dans la poche de son habit où il la mit presque machinalement. En s’élançant de la porte du magasin sur la chaussée, il heurta trois jeunes gens qui se tenaient bras dessus bras dessous.
– Animal !
– Imbécile !
Telles furent les gracieuses interpellations qu’ils échangèrent.
– Eh ! C’est Raphaël.
– Ah ! bien, nous te cherchions.
– Quoi ! c’est vous ?
Ces trois phrases amicales succédèrent à l’injure aussitôt que la clarté d’un réverbère balancé par le vent frappa les visages de ce groupe étonné.
– Mon cher ami, dit à Raphaël le jeune homme qu’il avait failli renverser, tu vas venir avec nous.
– De quoi s’agit-il donc ?
– Avance toujours, je te conterai l’affaire en marchant.
De force ou de bonne volonté, Raphaël fut entouré de ses amis, qui, l’ayant enchaîné par les bras dans leur joyeuse bande, l’entraînèrent vers le Pont des Arts.

p. 104-105

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5. Rue Joubert

Les amis de Raphaël, parmi lesquels se trouve Émile, l’emmènent chez le banquier Taillefer.

En devisant ainsi, comme de braves gens qui savaient le De viris illustribus depuis longues années, ils arrivèrent à un hôtel de la rue Joubert.
Émile était un journaliste qui avait conquis plus de gloire à ne rien faire que les autres n’en recueillent de leurs succès. Critique hardi, plein de verve et de mordant, il possédait toutes les qualités que comportaient ses défauts. Franc et rieur, il disait en face mille épigrammes à un ami, qu’absent, il défendait avec courage et loyauté. Il se moquait de tout, même de son avenir. Toujours dépourvu d’argent, il restait, comme tous les hommes de quelque portée, plongé dans une inexprimable paresse, jetant un livre dans un mot aux nez de gens qui ne savaient pas mettre un mot dans leurs livres. Prodigue de promesses qu’il ne réalisait jamais, il s’était fait de sa fortune et de sa gloire un coussin pour dormir, courant ainsi la chance de se réveiller vieux à l’hôpital. D’ailleurs, ami jusqu’à l’échafaud, fanfaron de cynisme et simple comme un enfant, il ne travaillait que par boutade ou par nécessité.
– Nous allons faire, suivant l’expression de maître Alcofribas, un fameux tronçon de chiere lie, dit-il à Raphaël en lui montrant les caisses de fleurs qui embaumaient et verdissaient les escaliers.
– J’aime les porches bien chauffés et garnis de riches tapis, répondit Raphaël. Le luxe dès le péristyle est rare en France. Ici, je me sens renaître.
– Et là haut nous allons boire et rire encore une fois, mon pauvre Raphaël. Ah çà ! reprit-il, j’espère que nous serons les vainqueurs et que nous marcherons sur toutes ces têtes-là.

p. 111-112

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Apparemment, à l’époque, la place Saint-Michel se trouvait au bas de l’actuelle rue Cujas.

6. Rue Cujas

Durant la soirée, Émile demande à Raphaël de lui expliquer les raisons pour lesquelles il souhaitait se suicider. Ce dernier revient donc sur sa vie et lui raconte toute une période où il a vécu tel un ascète, se consacrant à la lecture et à l’écriture.

Je ne me souviens pas d’avoir, pendant cette longue période de travail, passé le pont des Arts, ni d’avoir jamais acheté d’eau ; j’allais en chercher le matin à la fontaine de la place Saint-Michel, au coin de la rue des Grès. Oh ! je portais ma pauvreté fièrement. Un homme qui pressent un bel avenir marche dans sa vie de misère comme un innocent conduit au supplice, il n’a point honte. Je n’avais pas voulu prévoir la maladie. Comme Aquilina, j’envisageais l’hôpital sans terreur. Je n’ai pas douté un moment de ma bonne santé. D’ailleurs, le pauvre ne doit se coucher que pour mourir. Je me coupai les cheveux, jusqu’au moment où un ange d’amour ou de bonté… Mais je ne veux pas anticiper sur la situation à laquelle j’arrive. Apprends seulement, mon cher ami, qu’à défaut de maîtresse, je vécus avec une grande pensée, avec un rêve, un mensonge auquel nous commençons tous par croire plus ou moins.

p. 167-168

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La rue des Cordiers est une ancienne rue de Paris, qui commençait rue Saint-Jacques et finissait rue de Cluny. Elle a disparu avec l’extension de la Sorbonne.

7. Rue de Cluny

Raphaël poursuit son récit et raconte sa première rencontre avec Pauline, fille de Mme Gaudin, la gérante de l’hôtel Saint-Quentin dans lequel il va élire domicile.

Un soir, en revenant de l’Estrapade, je passais par la rue des Cordiers pour retourner chez moi. À l’angle de la rue de Cluny, je vis une petite fille d’environs quatorze ans qui jouait au volant avec une de ses camarades, et dont les rires et les espiègleries amusaient les voisins. Il faisait beau, la soirée était chaude, le mois de septembre durait encore. Devant chaque porte, des femmes assises devisaient comme dans une ville de province par un jour de fête. J’observai d’abord la jeune fille, dont la physionomie était d’une admirable expression, et le corps tout posé pour un peintre. C’était une scène ravissante. Je cherchai la cause de cette bonhomie au milieu de Paris, je remarquai que la rue n’aboutissait à rien, et ne devait pas être très passante. En me rappelant le séjour de J.-J. Rousseau dans ce lieu, je trouvai l’hôtel Saint-Quentin, le délabrement dans lequel il était me fit espérer d’y rencontrer un gîte peu coûteux et je voulus le visiter.

p. 170

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8. Rue du Faubourg Saint Honoré

Raphaël raconte qu’il a rencontré Rastignac (le fameux !) qui lui a présenté la comtesse Foedora, une femme qui fascine le tout Paris. Raphaël tombe lui aussi sous le charme…

Je revins à pied du faubourg Saint-Honoré, où Foedora demeure. Entre son hôtel et la rue des Cordiers il y a presque tout Paris ; le chemin me parut court, et cependant il faisait froid. Entreprendre la conquête de Foedora dans l’hiver, un rude hiver, quand je n’avais pas trente francs en ma possession, quand la distance qui nous séparait était si grande ! Un jeune homme pauvre peut seul savoir ce qu’une passion coûte en voitures, en gants, en habits, linge etc. Si l’amour reste un peu trop de temps platonique, il devient ruineux.

p. 192

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9. Institut de France

Raphaël continue à parler de Foedora…

Et j’aimais toujours, j’aimais cette femme froide dont le cœur voulait être conquis à tout moment, et qui, en effaçant toujours les promesses de la veille, se produisait le lendemain comme une maîtresse nouvelle. En tournant sous les guichets de l’Institut, un mouvement fiévreux me saisit. Je me souvins alors que j’étais à jeun. Je ne possédais pas un denier. Pour comble de malheur, la pluie déformait mon chapeau. Comment pouvoir aborder désormais une femme élégante et me présenter dans un salon sans un chapeau mettable ! Grâce à des soins extrêmes, et tout en maudissant la mode niaise et sotte qui nous condamne à exhiber la coiffe de nos chapeaux en les gardant constamment à la main, j’avais maintenu le mien jusque-là dans un étant douteux. Sans être curieusement neuf ou très soyeux, il pouvait passer pour le chapeau d’un homme soigneux ; mais son existence artificielle arrivait à son dernier période, il était blessé, déjeté, fini, véritable haillon, digne représentant de son maître. Faute de trente sous, je perdais mon industrieuse élégance. Ah ! combien de sacrifices ignorés n’avais-je pas faits à Foedora depuis trois mois ! Souvent je consacrais l’argent nécessaire au pain d’une semaine pour aller la voir un moment.

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10. Jardin des Plantes

Raphaël respecte et subit toujours les désirs versatiles de Foedora.

Par un de ces caprices que les jolies femmes ne s’expliquent pas toujours à elles-mêmes, elle voulait aller au Jardin des Plantes par les boulevards et à pied. – «Mais il va pleuvoir», lui dis-je. Elle prit plaisir à me contredire. Par hasard, il fit beau pendant tout le temps que nous marchâmes dans le Luxembourg. Quand nous en sortîmes, un gros nuage dont la marche excitait mon inquiétude ayant laissé tomber quelques gouttes d’eau, nous montâmes dans un fiacre. Lorsque nous eûmes atteint les boulevards, la pluie cessa, le ciel reprit sa sérénité. En arrivant au Muséum, je voulus renvoyer la voiture, Foedora me pria de la garder. Que de tortures ! Mais causer avec elle en comprimant un secret délire qui sans doute se formulait sur mon visage par quelque sourire niais et arrêté, errer dans le Jardin des Plantes, en parcourir les allées bocagères et sentir son bras appuyé sur le mien, il y eut dans tout cela je ne sais quoi de fantastique : c’était un rêve en plein jour. Cependant, ses mouvements, soit en marchant, soit en nous arrêtant, n’avaient rien de doux ni d’amoureux, malgré leur apparente volupté. Quand je cherchais à m’associer en quelque sorte à l’action de sa vie, je rencontrais en elle une intime et secrète vivacité, je ne sais quoi de saccadé, d’excentrique. Les femmes sans âme n’ont rien de moelleux dans leurs gestes.

p. 216

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11. Rue de Cluny

Lassé et écœuré par le comportement de Foedora, Raphaël suit les conseils de Rastignac et s’apprête à plonger dans une vie de débauche pour l’oublier. Il quitte alors l’hôtel Saint-Quentin et la petite Pauline à qui il donnait des leçons.

Pauline était là comme une conscience vivante. – Je n’aurai plus de leçons, dit-elle en me montrant le piano. Je ne répondis pas. – M’écrirez-vous ? – Adieu, Pauline. Je l’attirai doucement à moi, puis sur son front d’amour, vierge comme la neige qui n’a pas touché terre, je mis un baiser de frère, un baiser de vieillard. Elle se sauva. Je ne voulus pas voir Mme Gaudin. Je mis ma clef à sa place habituelle et partis. En quittant la rue de Cluny, j’entendis derrière moi le pas léger d’une femme. – Je vous avais brodé cette bourse, la refuserez-vous aussi ? me dit Pauline. Je crus apercevoir à la lueur du réverbère une larme dans les yeux de Pauline, et je soupirai. Poussés tous deux par la même pensée peut-être, nous nous séparâmes avec l’empressement de gens qui auraient voulu fuir la peste. La vie de dissipation à laquelle je me vouais apparut devant moi bizarrement exprimée par la chambre où j’attendais avec une noble insouciance le retour de Rastignac.

p. 247-248

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12. Rue de Varenne

La soirée s’achève ainsi que le récit de Raphaël. Au terme de cette nuit, il réalise l’un de ses autres désirs grâce à la Peau de chagrin : devenir immensément riche.
On retrouve Raphaël quelques mois plus tard. Il habite désormais un hôtel particulier rue de Varenne. L’un de ses anciens professeurs, le père Porriquet, lui rend visite pour solliciter son aide afin de trouver un poste de proviseur. Par crainte d’exprimer des souhaits susceptibles de faire diminuer le talisman, désormais entouré d’un liseré rouge pour en mesurer les évolutions, Raphaël évite en général de s’entretenir avec quiconque…

– Eh ! bien, mon bon père Porriquet, répliqua-t-il sans savoir précisément à quelle interrogation il répondait, je n’y puis rien, rien du tout. Je souhaite bien vivement que vous réussissiez…
En ce moment, sans apercevoir l’effet que produisirent sur le front jaune et ridé du vieillard ces banales paroles, pleines d’égoïsme et d’insouciance, Raphaël se dressa comme un jeune chevreuil effrayé. Il vit une légère ligne blanche entre le bord de la peau noire et le dessin rouge ; il poussa un cri si terrible que le pauvre professeur en fut épouvanté.
– Allez, vieille bête ! s’écria-t-il, vous serez nommé proviseur ! Ne pouviez-vous pas me demander une rente viagère de mille écus plutôt qu’un souhait homicide ? Votre visite ne m’aurait rien coûté. Il y a cent mille emplois en France, et je n’ai qu’une vie ! Une vie d’homme vaut plus que tous les emplois du monde.

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13. Opéra Comique

Raphaël se rend aux Italiens. Sa loge fait face à celle de Foedora. Ils se toisent. À l’ouverture du second acte, une femme vient se placer dans la loge de Raphaël. Son apparition provoque une certaine agitation dans la salle mais Raphaël ne daigne pas se retourner de suite…

Les pénétrants parfums de l’aloës achevèrent d’enivrer Raphaël. Son imagination irritée par un obstacle, et que les entraves rendaient encore plus fantasque, lui dessina rapidement une femme en traits de feu. Il se retourna brusquement. Choquée, sans doute de se trouver en contact avec un étranger, l’inconnue fit un mouvement semblable ; leurs visages, animés par une même pensée, restèrent en présence.
– Pauline !
– Monsieur Raphaël !
Pétrifiés l’un et l’autre, ils se regardèrent un instant en silence.

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14. La Sorbonne

Pauline est désormais devenue riche elle aussi. De retour chez à son domicile, Raphaël souhaite qu’elle tombe amoureuse de lui. La Peau de chagrin diminue… Raphaël retourne dans sa chambre à l’hôtel Saint-Quentin et y trouve Pauline qui lui déclare sa flamme. Ils prévoient de se marier au plus vite.

– Pauline, encore un baiser ?
– Mille ! Mon Dieu, dit-elle en regardant Raphaël, ce sera toujours ainsi, je crois rêver.
Ils descendirent lentement l’escalier ; puis, bien unis, marchant du même pas, tressaillant ensemble sous le poids du même bonheur, se serrant comme deux colombes, ils arrivèrent sur la place de la Sorbonne, où la voiture de Pauline attendait.
– Je veux aller chez toi, s’écria-t-elle. Je veux voir ta chambre, ton cabinet, et m’asseoir à la table sur laquelle tu travailles. Ce sera comme autrefois, ajouta-t-elle en rougissant.

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15. Rue de la Santé

Pour échapper à la peau de chagrin et vivre plus sereinement son histoire avec Pauline, Raphaël la jette au fond d’un puits (la peau de chagrin hein, pas Pauline). Mais un jardinier la retrouve et la lui ramène. Elle a inexorablement rétréci. Raphaël s’adresse alors à des savants, espérant que la science puisse lui fournir une aide. Le savant Planchette l’accompagne rue de la Santé, chez Spieghalter, un mécanicien possédant une machine susceptible de détendre la peau.

Planchette glissa lui-même la peau de chagrin entre les deux platines de la presse souveraine, et, plein de cette sécurité que donnent les convictions scientifiques, il manœuvra vivement le balancier.
– Couchez-vous tous, nous sommes morts, cria Spieghalter d’une voix tonnante en se laissant tomber lui-même à terre.
Un sifflement horrible retentit dans les ateliers. L’eau contenue dans la machine brisa la fonte, produisit un jet d’une puissance incommensurable, et se dirigea heureusement sur une vieille forge qu’elle renversa, bouleversa, tordit comme une trombe entortille une maison et l’emporte avec elle.
– Oh ! dit tranquillement Planchette, le Chagrin est sain comme mon œil ! Maître Spieghalter, il y avait une paille dans votre fonte, ou quelque interstice dans le grand tube.
– Non, non, je connais ma fonte. Monsieur peut remporter son outil, le diable est logé dedans.

p. 323

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