Balades littéraires

Paris est une fête

Pour ce nouveau parcours, j’ai choisi de vous emmener sur les traces d’Hemingway avec Paris est une fête.

Parce que Paris ne restera pas telle qu’elle est en ce moment, je me suis dit que ça ferait du bien de vous proposer une autre vision de notre chère capitale à travers le regard d’Hemingway qui passait du temps dans ces cafés, bars et restaurants qui nous manquent tant et qu’on a hâte de retrouver !

J’espère que la balade vous fera autant de bien qu’à moi lorsque je suis allée faire les photos ! Malgré le masque et la buée sur les lunettes, cette petite escapade m’a permis de renouer avec mon amour pour Paris qui était un peu en berne ces derniers temps ! 

Édition utilisée

Cartographie des lieux

1. Rue Mouffetard

1. Rue Mouffetard

Le café des Amateurs était le tout-à-l’égout de la rue Mouffetard, une merveilleuse rue commerçante, étroite et très passante, qui mène à la place de la Contrescarpe. Les vieilles maisons divisées en appartements, comportaient, près de l’escalier, un cabinet à la turque par palier, avec, de chaque côté du trou, deux petites plates-formes de ciment en forme de semelle, pour empêcher quelque locataire de glisser ; des pompes vidaient les fosses d’aisances pendant la nuit, dans des camions-citernes à chevaux. En été, lorsque toutes les fenêtres étaient ouvertes, nous entendions le bruit des pompes et il s’en dégageait une odeur violente.

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2. Paris est une fête

2. Place Saint-Michel

En descendant la rue, je dépassai le lycée Henry-IV et la vieille église Saint-Étienne-du-Mont et la place venteuse du Panthéon, tournai à droite, en quête d’un abri et finalement parvins au boulevard Saint-Michel, sur le trottoir protégé du vent, et je poursuivis mon chemin, descendant au-delà de Cluny traversant ensuite le boulevard Saint-Germain, jusqu’à un bon café, connu de moi, sur la place Saint-Michel. C’était un café plaisant, propre et chaud et hospitalier, et je pendis mon vieil imperméable au portemanteau pour le faire sécher, j’accrochais mon feutre usé et délavé à une patère au-dessus de la banquette, et commandai un café au lait. Le garçon me servit et je pris mon cahier dans la poche de ma veste, ainsi qu’un crayon et me mis à écrire.

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3. Paris est une fête

3. Jardin du Luxembourg

Quand nous rentrâmes à Paris, le temps était sec et froid et délicieux. La ville s’était adaptée à l’hiver, il y avait du bon vois en vente chez le marchand de bois et de charbon, de l’autre côté de la rue, et il y avait des braseros à la terrasse de beaucoup de bons cafés pour tenir les consommateurs au chaud. Notre propre appartement était chaud et gai. Dans la cheminée, nous brûlions des boulets, faits de poussière de charbon agglomérée et moulée en forme d’oeufs, et dans les rues, la lumière hivernale était merveilleuse. On s’habituait à voir se détacher les arbres dépouillés sur le fond du ciel, et l’on marchait sur le gravier fraîchement lavé, dans les allées du Luxembourg, sous le vent sec et coupant. Pour qui s’était réconcilié avec ce spectacle, les arbres sans feuilles ressemblaient à autant de sculptures, et les ventes d’hiver soufflaient sur la surface des bassins et les fontaines soufflaient leurs jets d’eau dans la lumière brillante. Toutes les distances nous paraissaient courtes, à notre retour de la montagne.

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4. Paris est une fête

4. 74 rue du Cardinal Lemoine

À cause du changement d’altitude, je ne me rendais plus compte de la pente des collines, sinon pour prendre plaisir à l’ascension, et j’avais même plaisir à grimper jusqu’au dernier étage de l’hôtel, où je travaillais dans une chambre qui avait vue sur tous les toits et les cheminée de la haute colline de mon quartier. La cheminée tirait bien dans la chambre, où il faisait chaud et où je travaillais agréablement. J’apportais des mandarines et des marrons grillés dans des sacs en papier et j’épluchais et mangeais de petites oranges semblables à des mandarines et jetais leurs écorces et crachais les pépins dans le feu tout en les mangeant, ainsi que les marrons grillés, quand j’avais faim. J’avais toujours faim à cause de la marche et du froid et du travail. Là-haut, dans la chambre, j’avais une bouteille de kirsch que nous avions rapportée de la montagne et je buvais une rasade de kirsch quand j’arrivais à la conclusion d’un conte ou vers la fin d’une journée de travail. Quand j’avais achevé mon travail de la journée, je rangeais mon cahier ou mes papiers dans le tiroir de la table et fourrais dans mes poches les oranges qui restaient. Elles auraient gelé si je les avais laissées dans la chambre pendant la nuit.

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5. Paris est une fête

5. 27 rue de Fleurus

Mais s’il n’y avait pas assez de lumière au Luxembourg, je traversais le jardin et gagnais le studio où vivait Gertrude de Stein, 27, rue de Fleurus. Ma femme et moi avions été nous présenter à Miss Stein, et celle-ci, ainsi que l’amie qui vivait avec elle, s’était montrée très cordiale et amicale et nous avions adoré le vaste studio et les beaux tableaux : on eût dit l’une des meilleures salles dans le plus beau musée, sauf qu’il y avait une grande cheminée et que la pièce était chaude et confortable et qu’on s’y voyait offrir toutes sortes de bonnes choses à manger et du thé et des alcools naturels, fabriqués avec des prunes rouges ou jaunes ou des baies sauvages. C’étaient des liqueurs odorantes, incolores, renfermées en des carafons de cristal taillé, et servies dans de petits verres, et qu’il s’agît de quetsche, de mirabelle ou de framboise, toutes avaient le parfum du fruit dont elles étaient tirées, converti en un feu bien entretenu sur votre langue, pour la délier et vous réchauffer.

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La librairie Shakespeare and Company se trouvait, à l’époque, au 12 rue de l’Odéon. Elle a fermé en 1941. En 1964, la librairie de George Whitman, rue de la Bûcherie, est renommée Shapeare and Company, sur l’invitation de Sylvia Beach.

6. Shakespeare and Company

En ce temps-là, je n’avais pas d’argent pour acheter des livres. Je les empruntai à la bibliothèque de prêt de « Shakespeare and Company » : la bibliothèque-librairie de Sylvia Beach, 12, rue de l’Odéon, mettait en effet, dans cette rue froide, balayée par le vent, une note de chaleur et de gaieté, avec son grand poêle, en hiver, ses tables et ses étagères garnies de livres, sa devanture réservée aux nouveautés et, aux murs, les photgraphies d’écrivains célèbres, morts ou vivants. Les photographies semblaient être toutes des instantanés, et même les auteurs défunts y semblaient encore pleins de vie.

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7. Paris est une fête

7. La Tour d’Argent

Mais de l’autre côté du bras de la Seine, se trouve l’île Saint-Louis avec ses rues étroites, ses vieilles maisons hautes et majestueuses, et vous pouviez vous y rendre directement ou bien tourner à gauche et longer le fleuve, face à l’île Saint-Louis, à Notre-Dame et à l’île de la Cité. Dans les boîtes des bouquinistes, il était possible de trouver parfois des livres américains tout récemment parus et à des prix dérisoires. Au-dessus de la Tour d’Argent, il y avait en ce temps-là quelques chambres que le restaurateur louait à des gens qui bénéficiaient alors de conditions spéciales au restaurant. Et si les locataires laissaient derrière eux quelques livres, en partant, le valet de chambre allait les vendre à une bouquiniste toute proche, chez qui on pouvait les acquérir pour trois fois rien.

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8. Paris est une fête

8. Chez Michaud (29 rue des Saints-Pères)

« Est-ce que tu n’as pas de nouveau faim ? dis-je. Tout le temps en train de parler et de marcher ! – Bien sûr, Tatie. Tu n’as pas faim, toi ? – Allons dans un magnifique endroit et faisons un dîner vraiment sensationnel. – Où ? – Chez Michaud ? – Très bien, et c’est tout près. » Ainsi nous remontâmes la rue des Saints-Pères jusqu’au coin de la rue Jacob en nous arrêtant pour regarder les tableaux et les meubles aux devantures. Nous fîmes halte devant le restaurant Michaud pour lire le menu affiché à l’entrée. La salle était peine et nous attendîmes dehors le départ de quelque dîneur en surveillant les tables où l’on en était déjà au café. La marche nous avait affamés de nouveau, et Michaud était un restaurant coûteux et troublant pour nous. C’était là que Joyce prenait ses repas avec sa famille – lui et sa femme assis, le dos au mur ; Joyce étudiant le menu à travers ses épaisses lunettes ; brandissant la carte d’une seule main ; Nora, à côté de lui, mangeant avec appétit mais raffinement ; Giorgio, de dos, mince, trop élégant, la nuque luisante ; Lucia, fillette en pleine croissance, avec sa lourde chevelure bouclée – parlant tous italien.

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9. Paris est une fête

9. Place Saint-Sulpice

J’appris à comprendre bien mieux Cézanne et à saisir vraiment comment il peignait ses paysages, quand il était affamé. Je me demandais s’il avait faim, lui aussi, lorsqu’il peignait, mais j’en vins à penser que, peut-être, il oubliait tout simplement de manger. C’était là une des pensées irréfléchies mais lumineuses qui vous venaient à l’esprit quand vous étiez privé de sommeil ou affamé. Plus tard, je pensais que Cézanne devait être affamé d’une façon différente. Après avoir quitté le Luxembourg, vous pouviez descendre par l’étroite rue Férou jusqu’à la place Saint-Sulpice, où l’on ne trouvait pas de restaurants, non plus, et où il n’y avait qu’un square tranquille, avec des bancs et des arbres, une fontaine avec des lions, et des pigeons qui se promenaient sur l’asphalte et se perchaient sur les statues des évêques. Il y avait aussi l’église et des boutiques où l’on vendait des objets pieux et des vêtements sacerdotaux, du côté nord.

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10. Paris est une fête

10. Brasserie Lipp

Il ne fallait pas longtemps pour aller chez Lipp et le plaisir de m’y rendre était accru par les sensations que me rapportaient, au passage, mon estomac, plus encore que mes yeux et mon odorat, le long du chemin. Il y avait peu de monde à la brasserie et quand je pris place sur la banquette, contre le mur, avec le miroir dans mon dos et une table devant moi, et quand le garçon me demanda si je voulais une bière, je commandai un distingué, une grande chope en verre qui pouvait contenir un bon litre, et une salade de pommes de terre ? La bière était fraîche et merveilleuse à boire. Les pommes à l’huile étaient fermes et bien marinée et l’huile d’olive était exquise. Je moulus du poivre noir sur lez pommes de terre et trempai le pain dans l’huile d’olive.

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11. Paris est une fête

11. Closerie des Lilas

Il n’était pas de bon café plus proche de chez nous que La Closerie des Lilas, quand nous vivions dans l’appartement situé au-dessus de la scierie, 113, rue Notre-Dame-des-Champs, et c’était l’un des meilleurs cafés de Paris. Il y faisait chaud, l’hiver ; au printemps et en automne, la terrasse était très agréable, à l’ombre des arbres, du côté du jardin et de la statue du maréchal Ney, et il y avait aussi de bonnes tables sous la grande tente, le long du boulevard. Deux des garçons étaient devenus nos amis. Les habitués du Dôme ou de La Rotonde ne venaient jamais à la Closerie. Ils n’y trouvaient aucun visage de connaissance et nul n’aurait levé les yeux sur eux s’ils étaient venus. En ce temps-là, beaucoup de gens fréquentaient les cafés du carrefour Montparnasse-Raspail pour y être vus et, dans un certain sens, ces endroits jouaient le rôle dévolu aujourd’hui aux « commères » des journaux chargées de distribuer des succédanés quotidiens de l’immortalité.

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12. Dingo Bar

Il arriva une chose bien étrange la première fois que je rencontrai Scott Fitzgerald. Il arrivait beaucoup de choses étranges avec Scott, mais je n’ai jamais pu oublier celle-là. Il était entré au Dingo Bar, rue Delambre, où j’étais assis en compagnie de quelques individus totalement dépourvus d’intérêt ; il s’était présenté lui-même et avait présenté le grand gars sympathique qui se trouvait avec lui comme étant Dunc Chaplin, le fameux joueur de base-ball. Je n’avais jamais suivi les matches de l’équipe de Princeton et n’avais pas entendu parler de Dunc Chaplin, mais il était extraordinairement gentil, insouciant, décontracté et amical et je le préférai de beaucoup à Scott. Scott était un homme qui ressemblait alors à un petit garçon avec un visage mi-beau mi-joli. Il avait des cheveux très blonds et bouclés, un grand front, un regard vif et cordial, et une bouche délicate aux lèvres allongées, typiquement irlandaise, qui, dans un visage de fille, aurait été la bouche d’une beauté. Son menton était bien modelé, il avait l’oreille agréablement tournée et un nez élégant, pur et presque beau. Tout cela n’aurait pas suffi à composer un joli visage mais il fallait y ajouter le teint, les cheveux blonds et la bouche, cette bouche si troublante pour qui ne connaissait pas Scott et plus troublante encore pour qui le connaissait.

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